QUARENGHI GIACOMO (1744-1817)

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Le refus de Catherine II de réaliser les projets de Charles Louis Clérisseau, peu après, d'ailleurs, que l'architecte Vallin de La Mothe eut quitté Saint-Pétersbourg, est à l'origine d'un ralentissement momentané de l'influence française dans l'activité artistique russe de la seconde moitié du xviiie siècle. La tsarine, qui a déjà fait appel à l'Écossais Charles Cameron, charge son ministre à Rome, par l'intermédiaire du baron Grimm, de lui envoyer à demeure des architectes italiens, renouant ainsi avec les habitudes du règne précédent pendant lequel l'italianisme avait dominé avec le grand baroque Francesco Rastrelli. C'est ainsi qu'en 1780 les deux architectes G. Trombara et G. Quarenghi arrivent à Saint-Pétersbourg pour y faire carrière. Celle du second sera fulgurante et exclusivement attachée au service de l'architecture officielle qui connaît une expansion considérable sous le règne de Catherine, puis de ses successeurs Paul Ier (1796-1801) et Alexandre Ier (1801-1825).

Originaire de Bergame où il étudie très jeune la peinture, Quarenghi se rend à Rome en 1763 et devient l'élève de Raphaël Mengs, puis de Stefano Pozzi. Influencé par le milieu des artistes étrangers (tous passionnés d'archéologie) qui sont fixés à Rome, il abandonne vite la peinture pour s'adonner à l'étude de l'architecture et des antiques, trouvant deux maîtres fort différents en Paolo Posi et surtout en Antoine Derizet (un adepte de la transposition des proportions musicales en architecture). Ses recherches devaient évidemment porter Quarenghi à étudier les œuvres des grands maîtres de la Renaissance ; ce qu'il fit à travers les traités théoriques mais aussi grâce à plusieurs voyages consécutifs en Italie (1771-1772). C'est finalement de l'œuvre de Palladio qu'il tirera toute la substance de son inspiration créatrice, sans toutefois négliger de s'informer des œuvres importantes des architectes contemporains, français et anglais surtout, dont il copie gravures et dessins. Arrivé à un très haut degré de formation, Quarenghi s'exerça à différents projets et obtint quelques commandes (comme la reconstruction de l'intérieur de l'église de Subiaco, près de Rome, 1771-1774), avant de recevoir cette offre exceptionnelle de faire carrière en Russie. Son œuvre, tant à Saint-Pétersbourg qu'à Moscou — ou dans les résidences de campagne de la Cour — témoigne d'une intense activité (particulièrement à ses débuts, entre 1780 et 1790) qui se poursuivra sans faille jusqu'à sa mort. Architecte personnel du souverain et conseiller d'État, Quarenghi s'occupe de tous les domaines de l'architecture civile et religieuse, qu'il s'agisse de la construction d'édifices publics, de résidences, ou, plus simplement, d'aménagements d'ordre décoratif. Parmi ses principales réalisations d'édilité, citons, à Moscou : la galerie des Marchands (1780), l'hôpital Seremetev (1794-1807) ; à Saint-Pétersbourg : la banque d'État (1783-1790), l'Académie des sciences (1783-1789), le manège de la Garde à cheval (1804-1807) et l'Institut des demoiselles nobles de Smolny (1806-1808) ; à Pavlosk : l'hôpital (1781). Parmi les églises, celles de Tsarskoïe Selo (1780-1790), de Pavlosk (1781) et, à Saint-Pétersbourg, l'église des Chevaliers de Malte (1798-1800). Enfin, Quarenghi construit de somptueuses demeures à Saint-Pétersbourg : palais Bezborodko (1780-1790), palais Anglais (1781-1789, détruit), palais Jusupov (1790-1800) et effectue de nombreux embellissements dans les résidences impériales : galerie des Loges de Raphaël (1783-1792) et théâtre de l'Impératrice (1783-1787) à l'Ermitage ; salle de concert (1784-1788) et fabriques du parc (1795) à Tsarskoïe Selo. Il est assez étonnant de constater que Quarenghi a pu traiter autant de types variés de bâtiments sans qu'une évolution sensible vienne marquer les quarante années de son activité ! De l'église de Subiaco à celles de Saint-Pétersbourg, des galeries de palais aux salles d'hôpitaux, l'art de Quarenghi développe inlassablement les mêmes thèmes puisés largement dans les œuvres de Palladio. Adoptant pour ses vastes compositions le type de plan centré avec prolongements bilatéraux (parfois curvilignes) des villas palladiennes, il utilise, sur une grande échelle, tous les éléments de structure et de décoration chers au maître de Vicence : pronaos à colonnes lisses et frontons, salles basilicales, voûtes à caissons, fenêtres thermales, etc. Son art, proche de celui de son confrère Cameron, montre que Catherine II désirait introduire en Russie un style homogène, à la fois solennel et pur, qui pouvait hausser son prestige au rang de celui des grands souverains occidentaux. Mais, malgré son indéniable habileté, Quarenghi fait davantage preuve d'imagination dans ses dessins (notamment ses admirables vedute à la plume et à l'aquarelle) que dans son architecture ; on peut aussi lui reprocher de n'avoir pas été assez attentif à résoudre le problème de l'intégration urbaine de ses constructions. Si son rôle dans l'épanouissement de l'architecture russe est indéniable — puisqu'il la fait entrer dans le courant néo-palladien international —, Quarenghi demeure isolé : les jeunes architectes russes de son temps, qui vont étudier en France chez De Wailly et chez Chalgrin, réaliseront des œuvres beaucoup plus contrastées et nettement plus expressives sous l'influence de leurs maîtres français, auxquels va s'ajouter bientôt Thomas de Thomon, l'émule de Ledoux.

Les Écuries de Tsarskoïe Selo

Photographie : Les Écuries de Tsarskoïe Selo

Les Écuries de Tsarskoïe Selo, dessin de Giacomo Quarenghi. 

Crédits : Charles Plante Fine Art, Bridgeman Images

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  • : professeur à l'université de Paris-I-Sorbonne, directeur du centre Ledoux

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Daniel RABREAU, « QUARENGHI GIACOMO - (1744-1817) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/giacomo-quarenghi/