GEMMES

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Historique

Afin de surmonter sa peur devant des phénomènes et fléaux naturels auxquels il attribuait des sentiments hostiles à son égard, l'homme de la préhistoire a été amené à matérialiser des défenses psychiques propres à le soulager de ses angoisses. Ces barrières de protection ont été concrétisées sous forme de divers rites magiques dont l'un des développements les plus remarquables a donné naissance à l'art de la glyptique. L'homme des premières communautés néolithiques attribua ainsi certains pouvoirs surnaturels à des pierres inaltérables et dures, se distinguant de leur environnement naturel par leur vive couleur qui, souvent, symbolisait un archétype de l'inconscient collectif (par exemple, cornaline rouge orangé = soleil levant = puissance = père).

Ces pierres furent très recherchées et devinrent l'une des premières monnaies régulières d'échange entre les nomades du désert et les habitants des communautés agraires stables qui considéraient ces objets comme capables de leur apporter bonheur, santé et richesse. Héritière des techniques de taille du silex et de l'art de la gravure sur os, ivoire et calcaire (dont les débuts remontent à l'époque aurignacienne), la glyptique, ou gravure sur gemme, prit naissance lorsque l'homme voulut accroître, en les gravant de signes magiques, les pouvoirs surnaturels des gemmes. Le sceau fut inventé au début du IVe millénaire avant J.-C., en Asie Mineure, lorsque l'homme supposa que ces pierres gravées étaient capables de communiquer leur puissance par simple impression sur un cachet d'argile apposé sur des objets domestiques, qu'il croyait ainsi préserver des voleurs et des autres calamités. Ce n'est que plus tard, avec l'apparition de l'écriture, que le sceau servit de signature. Son usage se généralisa dans toutes les anciennes civilisations, de l'Égypte à Sumer où, à la fin du IIIe millénaire avant J.-C., il prendra souvent la forme d'un cylindre percé pour être porté.

Les fouilles archéologiques révèlent que les gemmes circulaient d'une limite à l'autre du monde antique, et l'on pense qu'elles furent un important facteur de civilisation en raison des contacts humains qui accompagnaient leur prospection et leur commerce dans des régions parfois très éloignées des grands centres de civilisation. Le lapis-lazuli d'Af-ghanistan (qu'on a retrouvé dans des tombes de la Baltique et de Mauritanie), la turquoise du Sinaï, la cornaline, l'améthyste, l'amazonite, l'hématite, les agates et les jaspes aux vives couleurs, l'obsidienne étaient parmi les gemmes les plus recherchées et servaient à la fabrication des divers types de sceaux, d'amulettes, d'œils-votifs, de boules ou de cylindroïdes percés, de tasses ou godets, de fleurs, de scarabées et autres figurines représentant des animaux, ou encore de plaquettes incrustées dans les bijoux égyptiens en or cloisonné qui datent du milieu du IIe millénaire. C'est vers cette époque que l'art de la glyptique passa en Crète et à Mycènes, dont on connaît d'admirables intailles. L'Empire assyrien regorgeait de gemmes de toutes sortes dont l'éclat naturel prévaut parfois sur la finesse de la gravure. En Grèce, les gemmes étaient au contraire plus rares, et le travail de la glyptique atteignit là une perfection telle que les intailles et les camées de cette époque sont restés, depuis, d'insurpassables modèles que seuls quelques graveurs de la Rome impériale et de la Renaissance parviennent à égaler. Les agates à zonages plans diversement colorées étaient particulièrement appréciées. Au ier siècle avant J.-C., à Alexandrie, les deux plus grands chefs-d'œuvre de la glyptique antique furent gravés dans des sardonyx (Tasse Farnèse du Musée national de Naples et Coupe des Ptolémées de la Bibliothèque nationale).

Gemma Augustea, art romain

Photographie : Gemma Augustea, art romain

Gemma Augustea (glorification d'Auguste assis à côté de Rome). Art romain. Début du Ier siècle après J.-C. Camée gravé sur onyx à deux couches. 19 cm X 23 cm. Kunsthichorisches Museum, Vienne, Autriche. 

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De nombreux textes antiques mentionnent les gemmes et leurs vertus magiques. On sait par les Véda que le diamant était connu aux Indes depuis le xiie siècle avant J.-C. ; Pline indique que, de son temps, ce minéral était employé pour inciser les autres gemmes, mais ce n'est qu'au Moyen Âge qu'il sera utilisé pour la parure. À Rome, l'émeraude et la perle étaient très prisées, et certaines perles étaient vendues plusieurs millions de sesterces. Si le rubis et le saphir étaient rares, l'abondance des autres gemmes était telle que tous les trésors d'église du haut Moyen Âge seront en majorité constitués par des pierreries gravées ou polies à l'époque romaine.

L'annexion à l'Empire de l'Égypte et des pays d'Asie Mineure avait provoqué l'afflux vers Rome des inestimables trésors de pierres précieuses pris aux monarques vaincus. Il faudra attendre les croisades pour voir pareil déferlement de richesses sur l'Europe. L'émeraude provenait d'Égypte, les Romains en recevaient aussi vraisemblablement de l'Oural par l'intermédiaire des Scythes.

Le diamant venait de l'Inde, seul producteur jusqu'au début du xviiie siècle, le saphir surtout de Ceylan où l'on rencontrait également le spinelle rouge et le rarissime rubis. Un grand nombre de rubis célèbres sont en fait des spinelles rouges, appelés « rubis balai » au Moyen Âge, pour les distinguer du corindon rouge, ou « rubis oriental », qui, de tout temps, a été la pierre précieuse la plus rare et la plus coûteuse (huit fois plus chère que le diamant et deux fois plus que l'émeraude au début du xvie siècle). On sait que le rubis était activement recherché depuis le ixe siècle, en Birmanie, pour le compte de certains princes orientaux qui accumulaient dans leurs trésors perles et pierres précieuses.

En Chine, c'est le jade qu'on estimait le plus. Depuis le IIe millénaire avant J.-C., on le gravait et polissait en forme de haches, de marteaux, de fibules et d'ornements funéraires, et, à l'époque Zhou, en forme de vases, de disques et autres objets rituels ; aux époques ultérieures, il servit à la fabrication d'ornements de ceinture et de coiffure, d'instruments de musique et de statuettes diverses. Au Mexique, le jade fut gravé, à partir du Ier millénaire avant J.-C., par les Olmèques puis par les Mayas, qui appréciaient aussi la turquoise, le quartz et l'obsidienne. Au Pérou, dès le ier siècle, les Chimú recherchaient la turquoise ; plus tard, les Incas constituèrent ces énormes réserves d'émeraudes que les Espagnols trouveront dans leurs temples.

Au xvie siècle, l'immense butin amassé dans le Nouveau Monde fit, pour un temps, de l'Espagne le pays le plus riche d'Europe. À nouveau, perles, émeraudes et gemmes de toutes sortes circulèrent en grand nombre et tous les princes d'alors se disputèrent les meilleurs artistes italiens graveurs sur gemmes. Les vêtements d'apparat devenus fastueux s'alourdissaient par [...]

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Gemma Augustea, art romain

Gemma Augustea, art romain
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Diamant en forme de brillant rond

Diamant en forme de brillant rond
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Octaèdre de diamant : position de la pierre

Octaèdre de diamant : position de la pierre
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facettes : poses successives

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Écrit par :

  • : directeur du service public du contrôle des diamants, perles fines et pierres précieuses de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris
  • : docteur ès sciences, maître assistant au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, conservateur des collections minéralogiques au Muséum d'histoire naturelle de Paris, directeur général de la revue Gemmologie

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Pour citer l’article

Jean-Paul POIROT, Henri-Jean SCHUBNEL, « GEMMES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gemmes/