AIGUE-MARINE

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L'aigue-marine est la variété bleue et limpide du béryl, un cyclosilicate de béryllium. Sa couleur présente de nombreuses nuances en fonction de la provenance de la pierre : bleu pâle, bleu, bleu-vert. Pierre fine recherchée en joaillerie, elle est d'autant plus appréciée que sa couleur est d'un bleu soutenu. Son habitus (forme géométrique) en cristaux hexagonaux allongés aux faces basales parfois légèrement tronquées, sa dureté et surtout sa couleur la caractérisent assez facilement à l'état naturel.

formule : Al2Be3(Si6O18) ;

système : hexagonal ;

dureté : 7,5-8 ;

poids spécifique : de 2,67 à 2,78 ;

éclat : vitreux ;

transparence : de transparente à opaque ;

cassure : légèrement conchoïdale, inégale.

Comme les autres béryls, le motif élémentaire de l'aigue-marine est un anneau de six tétraèdres de silice (SiO44—), dont chacun possède deux sommets libres, ce qui correspond à la formule (Si6O18)12—. Les anneaux constitutifs s'empilent selon l'axe c de symétrie 6 du cristal ; les ions aluminium (Al3+) et béryllium (Be2+) s'intercalent entre les anneaux de silice et assurent la cohésion de l'ensemble. L'aluminium est en partie remplacé par des ions de fer qui donnent la couleur bleue à l'aigue-marine.

Cette structure ménage des « canaux » au cœur et entre les anneaux de silice dans lesquels la lumière se réfléchit selon de multiples incidences. Si cette chatoyance est importante, elle peut donner un effet d'« œil-de-chat » (phénomène lumineux rappelant la pupille allongée d'un œil de chat) et même, exceptionnellement, un effet d'astérisme avec une étoile à six branches, si la pierre est polie en cabochon. L'aigue-marine peut contenir des inclusions ; lorsqu'elle est utilisée en joaillerie, elle est généralement pure.

Elle présente un dichroïsme net – bleu pâle presque incolore et bleu azur profond –, dû à l'absorption inégale de la lumière par le cristal biréfringent. Cette caractéristique doit être prise en compte lors de la taille de la pierre, afin d'éviter que celle-ci ne prenne une teinte plus sombre ou plus claire qu'il ne convient. Ainsi, l'aigue-marine est généralement facettée à degrés, la table (la plus grande surface) étant parallèle à l'axe d'allongement du cristal pour favoriser la couleur bleue ; cette taille permet aussi la meilleure exploitation de la masse de la pierre.

L'aigue-marine est fragile et sensible aux chocs. Elle n'est pas attaquée par les acides, à l'exception de l'acide fluorhydrique, et n'est pas fluorescente.

Une très belle pièce est exposée au cabinet des Médailles à Paris : le portrait de Julie, fille de Titus, empereur de Rome (Ier siècle apr. J.-C.). Taillée dans une aigue-marine quasi incolore, l'intaille du portrait de Julie, d'une dimension d'environ 4 cm × 7 cm, s'admire par transparence à travers la face polie de la pierre. Elle fut montée à l'époque carolingienne dans un sertissage d'or et entourée de neuf autres aigues-marines d'un bleu profond, surmontées de perles noires.

Le plus beau cristal connu d'aigue-marine fut découvert en 1910 dans la mine de Marambaia (État de Minas Gerais, Brésil) ; d'un beau bleu très pur, il pesait 110,5 kilogrammes (48,5 centimètres de longueur et 41 centimètres de diamètre), soit 552 500 carats. On en tira de nombreuses gemmes dont une d'un poids de 29 000 carats qui est exposée à l'American Museum of Natural History de New York. En 1967, près de Três Barras, dans la même région, les travaux de déblaiement d'une route permirent de dégager un cristal de 20 centimètres de diamètre sur une longueur de 1 mètre. Au musée d'Histoire naturelle de Florence est exposée une aigue-marine brute, de couleur bleu-vert clair, de 98 kilogrammes. Il n'est pas rare de trouver d'énormes cristaux, certains pesant plusieurs centaines de kilogrammes, mais ils sont généralement opaques et sombres, donc impropres à fournir des gemmes.

La plus grosse aigue-marine taillée à degrés (2 594 carats) est visible au musée de Los Angeles. De nombreuses autres belles pièces taillées sont conservées de par le monde : à la Smithsonian Institution à Washington, deux aigues-marines bleu azur (1 000 carats) et bleu-vert (911 carats) ; au Muséum national de Prague, une aigue-marine bleu pâle de 988 carats ; au British Museum de Londres, une pierre bleu-vert ta [...]

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  • : docteur en sciences de la Terre, concepteur de la collection La Science au présent à la demande et sous la direction d'Encyclopædia Universalis, rédacteur en chef de 1997 à 2015

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Pour citer l’article

Yves GAUTIER, « AIGUE-MARINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/aigue-marine/