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ETHNOLOGIE Ethnoarchéologie

Le terme ethnoarchaeology apparaît pour la première fois en 1900, dans un rapport rédigé par l'archéologue, anthropologue et naturaliste américain, Jesse Walter Fewkes, directeur du Bureau de l'ethnologie de la Smithsonian Institution. Celui-ci estimait que la connaissance des sociétés indiennes du sud-ouest des États-Unis constituait une bonne préparation aux fouilles et études archéologiques de la région ; dans ce cas particulier, une continuité technique reliait clairement les vestiges archéologiques à la culture matérielle des populations indiennes contemporaines Zuni et Hopi. Dans le continent nord-américain, se préoccuper d'archéologie impliquait, de fait, de s'intéresser au passé des Indiens qui étaient sur place. Lewis H. Morgan – qui posa les fondements de la science ethnologique avec la publication d'Ancient Society en 1877 – pensait d'ailleurs pouvoir retrouver les formes sociales du passé préhistorique au sein des civilisations « primitives » contemporaines. En 1958, les archéologues américanistes Gordon R Wiley et Philip Phillips affirmaient que l'archéologie devait être anthropologique ou ne pas être. Issue de cette proximité nord-américaine entre ethnologie et archéologie, allait se mettre en place, aux États-Unis, et se développer, à partir des années 1960, une nouvelle démarche scientifique : l'ethnoarchéologie.

Le polycentrisme de l'ethnoarchéologie contemporaine se traduit par une multitude de définitions, conceptuelles pour les uns et empiriques pour les autres. Technique ou stratégie d'investigation, l'ethnoarchéologie recouvre des notions assez différentes. Cela va de la simple confrontation de deux disciplines unitaires à l'élaboration de théories et de lois comportementales à valeur universelle. Le terme sert également à qualifier le simple recours à l'ethnographie pour fournir des hypothèses et comprendre une technique de fabrication ou l'utilisation d'un objet. C'est aussi un moyen de corriger une analogie ethnographique ou de réorienter une expérimentation. Cependant, et comme le soulignent Nicholas David et Carol Kramer dans une synthèse de référence publiée en 2001 (Ethnoarchaeology in Action), une majorité d'archéologues s'accordent à considérer l'ethnoarchéologie comme une recherche ethnographique archéologiquement orientée, tant en ce qui concerne ses objectifs que la manière dont elle est conduite. Ainsi définie, l'ethnoarchéologie relève plus d'une pratique et d'une stratégie empirique de recherche que d'une démarche conceptuelle ou d'une discipline à part entière – une stratégie devant, au demeurant, permettre d'établir une liaison entre une culture matérielle et des comportements humains, autrement dit une correspondance entre une « culture matérielle » et une « culture » au sens des anthropologues.

Principes

Uniformisme et raisonnement par analogie

Quels qu'en soient les objectifs, toute pratique ethnoarchéologique repose sur deux principes : l'uniformisme et le raisonnement par analogie. Théorie empruntée à la géologie et à la biologie, l'uniformisme permet de considérer les règles qui ont présidé aux transformations préhistoriques comme étant les mêmes que celles qui régissent des processus de transformation actuels. C'est au nom de cette théorie que le dégagement de lois transculturelles ou diachroniques est possible. Le raisonnement par analogie nous permet, quant à lui, de conclure, à partir d'une ressemblance constatée entre objets, à une ressemblance non constatée concernant la fonction de l'objet.

On peut s'interroger sur le bien-fondé d'un uniformisme impliquant l'éthologie, l'ethnologie et la préhistoire lorsqu'il s'agit de restituer le comportement d'Australopithèques vivant il y a trois millions d'années,[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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