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ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture) La philosophie

L'« Amérique », avant même de désigner un continent ou une nation, est communément assimilée à un « monde » ou à un « esprit » qui s'incarne dans les États-Unis d'Amérique, sources de réactions diverses et contradictoires, à la mesure de l'étendue d'un territoire, de ses contrastes et des particularités de son histoire. Cette histoire, singulière et brève, inséparable des bouleversements qui l'ont marquée autant que de leurs répercussions, a donné naissance à une culture plurielle dont la complexité s'exprime étrangement dans le sentiment d'une identité commune et constamment menacée. Comment une telle culture, depuis que les premiers colons ont mis les pieds sur le sol américain, aurait-elle pu s'épanouir en une pensée ou un style de pensée unique ? Il n'existe pas, à vrai dire, de « philosophie américaine », au sens d'une tradition ou d'un corps d'idées susceptible d'englober la variété de ses orientations sous une définition commune, mais plutôt une diversité de courants qui, liés à des conditions géographiques, sociales et politiques originales, y ont souvent puisé un sens de l'audace et de l'innovation qui leur est propre.

De la révolution à la Seconde Guerre mondiale

La révolution américaine et sa philosophie

La révolution de 1776 et les événements qui l'ont préparée dès 1763, date du Proclamation Act, sont au commencement des mutations qui ont marqué l'histoire des États-Unis sur les plans intellectuel, social et institutionnel. Les idées et les discussions qui en ont été partie prenante sont aussi importantes pour en comprendre l'originalité que la nature de ces événements eux-mêmes. À la différence de la Révolution française, la naissance de la nation américaine ne s'enracine pas essentiellement dans des conflits sociaux ou économiques ; il s'agit de ce qu'on pourrait appeler un événementphilosophique, en ce qu'il repose dès le départ sur un processus et des choix qui en engagent fondamentalement le sens. Pour tous ceux qui en furent les instigateurs, la Déclaration d'indépendance fut vécue comme l'acte de naissance d'un nouveau monde, affranchi de la tutelle de l'ancien, ouvert sur un avenir que celui-ci ne pouvait plus à lui seul définir ni préfigurer. Cette signification que la révolution américaine a revêtue aux yeux des Thomas Paine, John Adams ou Thomas Jefferson est déjà perceptible dans les discours des prédicateurs qui en ont précédé l'émergence (Roger Williams, Jonathan Edwards, entre autres) comme elle l'est chez les philosophes ou les écrivains qui l'ont exaltée, Henry David Thoreau et Walt Whitman par exemple ; elle a durablement imprégné les idées qui se sont exprimées en philosophie, ainsi que le sens même de la démocratie américaine, en dépit des travers ou des épisodes malheureux qui lui sont historiquement liés.

Sources : du puritanisme au transcendantalisme

Il est à peine besoin de dire que les puritains de la Nouvelle Angleterre obéissaient à une inspiration que nourrissait leur double refus de l'Église catholique romaine et de l'aristotélisme. Leur platonisme, lui-même expression de ce refus, contribua à forger un idéal d'indépendance qui s'illustra dans leur conception de la communauté. Il s'articula à d'autres sources qui, comme la lecture de Bacon, de Newton et de Locke, contribuèrent à restaurer la tradition puritaine dont Jonathan Edwards (1703-1758) fut l'artisan le plus représentatif. L'« âge des Lumières », dans ce contexte, fut celui d'une époque où se conjuguèrent le jeu des influences européennes et celui d'un grand nombre d'expériences audacieuses tant sur le plan religieux que politique et moral. « Jamais les intérêts collectifs du peuple n'avaient été aussi étroitement liés aux questions philosophiques » (H. W.[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Thomas Kuhn - crédits : Bill Pierce/ The LIFE Images Collection/ Getty Images

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