ÉPICTÈTE (50 env.-env. 130)

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Philosophe stoïcien de l'époque impériale, Épictète est resté fidèle aux dogmes fondamentaux de l'ancien stoïcisme. Grâce aux notes que son disciple Arrien avait prises à son cours, on peut se faire une idée très vivante des méthodes et des pratiques de l'enseignement dans les écoles philosophiques stoïciennes. Il a exercé une grande influence sur les Pensées de Marc Aurèle, sur l'éthique néoplatonicienne et sur la tradition ascétique chrétienne. Son Manuel sera encore utilisé au xviie siècle par les Jésuites pour préparer les Chinois à la réception du christianisme.

La vie et l'œuvre

Né à Hiérapolis en Phrygie (Pammukale, dans la Turquie actuelle), Épictète vint à Rome comme esclave d'un affranchi de Néron, Épaphrodite, dans la seconde moitié du premier siècle de l'ère chrétienne. Il évoque plusieurs fois ce personnage dans ses Entretiens (I, xix, 19 ; xxvi, 11) et ne semble pas l'avoir eu en très haute estime. Cet Épaphrodite lui avait, en tout cas, permis, semble-t-il, de suivre les cours du stoïcien Musonius Rufus, qui fit grande impression sur Épictète : les Entretiens (I, i, 27 ; I, vii, 32 ; I, ix, 29 ; III, vi, 110 ; III, xxiii, 29) font allusion souvent à son enseignement : « Il parlait de telle manière que chacun d'entre nous avait l'impression qu'on avait dévoilé toutes ses fautes. » Épaphrodite affranchit finalement Épictète et celui-ci ouvrit à son tour une école de philosophie à Rome. En 93-94, il tomba sous le coup de la mesure par laquelle l'empereur Domitien chassait les philosophes de Rome et d'Italie. Il s'établit alors à Nicopolis en Épire, ville grecque qui servait de port d'embarquement pour se rendre en Italie. Il y ouvrit à nouveau une école, où il eut comme auditeur assidu le futur historien et haut fonctionnaire romain Arrien. C'est presque uniquement grâce à Arrien que nous connaissons l'enseignement d'Épictète. Comme beaucoup de philosophes de l'Antiquité, Épictète lui-même n'a, en effet, rien écrit. Mais Arrien a noté, le plus fidèlement possible, les cours du maître, peut-être en s'aidant de la sténographie. Il le précise dans la lettre de dédicace qu'il a placée au début du recueil : « Je me suis efforcé de transcrire ses propos autant que possible avec ses propres termes, afin de garder soigneusement pour moi en vue de l'avenir la mémoire de sa pensée et de son franc-parler. Aussi, comme il est naturel, toutes ces notes ont l'allure d'une conversation spontanée d'homme à homme et nullement d'une rédaction destinée à rencontrer plus tard des lecteurs. » Brillant homme d'État sous le règne d'Hadrien, Arrien voulait être un nouveau Xénophon, aussi bien par ses écrits historiques (l'Anabase d'Alexandre) ou « cynégétiques », que par ses « souvenirs » sur le « Socrate » de son temps : Épictète. (On notera que l'un des titres donnés à l'œuvre d'Arrien par la tradition [apomnemoneumata] rappelle les Mémorables de Xénophon.) Ce que nous appelons maintenant les Entretiens d'Épictète sont donc l'écho de son enseignement oral, conservé grâce aux notes d'Arrien. Malheureusement, il semble bien que, sur l'ensemble des livres que présentait originellement la collection, une partie seulement (4 livres) nous soit parvenue. Quant au célèbre Manuel d'Épictète, c'est aussi, en fait, une œuvre d'Arrien, qui, nous dit Simplicius, commentateur néoplatonicien du Manuel, « a choisi parmi les propos d'Épictète les plus opportuns et les plus nécessaires pour la philosophie ainsi que les plus stimulants pour les âmes ». C'est en somme une anthologie des formules les plus frappantes employées par le maître d'Arrien. Simplicius connaissait aussi une biographie d'Épictète écrite par Arrien, comme la phrase suivante de son commentaire sur le Manuel l'atteste (Dübner, p. 1, ligne 5 sqq.) : « Arrien a écrit au sujet de la vie d'Épictète et de sa mort, ce même Arrien qui a rassemblé les diatribes d'Épictète en des livres très longs ; et, grâce à lui, il est possible de savoir comment vécut cet homme. » Cette biographie ne nous est pas parvenue ; aussi ne connaissons-nous que très peu de détails sur la vie d'Épictète.

Les quatre livres d'Entretiens ne nous renseignent pas sur la partie technique de l'enseignement philosophique d'Épictète, la mathesis, qui consistait pour l'essentiel, comme quelques remarques dans les Entr [...]

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Pour citer l’article

Ilsetraut HADOT, « ÉPICTÈTE (50 env.-env. 130) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/epictete/