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ÉDUCATION L'histoire de l'éducation

L'histoire de l'éducation antique et médiévale

Il n'est pas question de diminuer le mérite de cette histoire « militante » et on ne lui fera même pas grief d'avoir été doctrinaire. Elle est riche de notations érudites et permet des rapprochements très éclairants pour les débats qui ont marqué de leurs enjeux les cent dernières années. Mais elle n'a pas peu contribué – en particulier sous la plume des grands propagandistes de l'éducation moderne – à fausser les perspectives, à retarder l'inventaire et à déjouer les questionnements novateurs. Deux exemples, évidents l'un et l'autre aujourd'hui, peuvent être retenus : l'évocation de l'éducation antique, celle de l'éducation médiévale.

Dans la première moitié du xxe siècle, le mouvement multiforme de l'« éducation nouvelle » trouve un dénominateur commun assez facile dans une aversion simple et déclarée pour une éducation que l'on dira traditionnelle et dont il n'est pas si commode de préciser les caractéristiques sinon en alléguant qu'elle est nocive pour les éducables. Le pédagogue genevois Adolphe Ferrière (1879-1960) s'est illustré dans la dénonciation de cette nocivité (par exemple, dans Transformons l'école, 1919). Parmi les tares de l'école « traditionnelle », figure son caractère « moyenâgeux ». Ferrière entend par là l'obscurantisme, le verbalisme, l'autoritarisme. Cette image d'un Moyen Âge uniforme, figé, muet sous la férule des clercs, Ferrière la propage avec la meilleure foi du monde. Il voit dans la guerre de 1914-1918 l'aboutissement à la fois logique et absurde d'une éducation demeurée inchangée depuis la « scolastique ». Or, déjà, quarante ans plus tôt, Jean Macé (1815-1894), animant les innombrables réunions de la Ligue de l'enseignement, où se consolide et se fortifie l'idée laïque, voue une identique exécration à un Moyen Âge qui ressemble singulièrement à celui de Ferrière, sauf qu'aux yeux de ce dernier l'école publique que célèbre Macé ne manque pas d'en faire partie. On pourrait multiplier les exemples de cette vision simplifiée du Moyen Âge. Nul doute qu'on ait les meilleures raisons de s'en prendre, concernant l'éducation, au verbalisme, à l'autoritarisme et au dogmatisme. Mais c'est précisément à cette triple défaillance que, une fois subordonnée à la promotion des idées (fût-ce des idées justes), cette histoire de l'éducation, devenue vulgate pédagogique, risque, à son tour, de succomber.

Le traitement réservé à l'Antiquité grecque et romaine par cette sollicitation du passé n'est pas moins instructif. Ce que l'on continue à requérir de l'Antiquité, c'est qu'elle fournisse cette réserve d'exempla propices à l'édification des éducables. Certes, la seconde moitié du xixe siècle connaît bien des impatiences vis-à-vis de cette canonisation persistante des Grecs et des Romains. Il n'empêche. C'est à une Antiquité quasi intemporelle qu'on demande de confirmer, par l'exemplarité de ses propres vertus, les vertus que l'éducation républicaine s'efforce d'inculquer, sinon au peuple, du moins à l'élite. Une véritable hagiographie laïque, chez beaucoup d'auteurs, tient lieu de connaissance, au prix d'un refoulement de l'inavouable, au prix d'une lecture édulcorante des « autorités » pédagogiques de référence, à commencer par Platon lui-même.

Le renouveau des études historiques dans les années soixante en France ne pouvait manquer d'infléchir l'histoire de l'éducation vers plus d'ouverture (notamment avec les travaux de P. Ariès, P. Riché, D. Julia, M. Crubellier, F. Furet et J. Ozouf). La connaissance de l'Antiquité et celle du Moyen Âge,[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

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