HARTMANN EDUARD VON (1842-1906)

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En réaction contre le positivisme en vogue à la fin du xixe siècle, la philosophie pessimiste d'Eduard von Hartmann postule l'existence d'un principe absolu du monde, l'inconscient, qui tient à la fois de la volonté selon Schopenhauer et de l'idée selon le système hégélien. Né à Berlin, officier de l'armée prussienne, Hartmann quitte l'armée pour raisons de santé et se consacre aux études philosophiques. En 1869, il publie Philosophie de l'inconscient (Philosophie des Unbewussten). Retiré à Gross-Lichterfelde, où il mourra, il publie notamment, en dehors de tout contexte universitaire, Le Fondement critique du réalisme transcendantal (Kritische Grundlegung des transzendentalen Realismus, 1875), La Religion de l'Esprit (Die Religion des Geistes, 1882), Théorie des catégories (Kategorienlehre, 1896) et Le Problème de la vie (Das Problem des Lebens, 1906).

Dans la Philosophie de l'inconscient, Hartmann rend hommage à ses précurseurs : Schelling, Hegel, Schopenhauer. Partant de l'analyse des phénomènes organiques, il établit une distinction entre les instincts répulsifs (crainte de la mort, pudeur, dégoût) et les instincts de sympathie (charité, amour maternel, amour sexuel). Sur ces manifestations d'un inconscient psychique se fondent la morale et l'esthétique. Le mysticisme est décrit comme l'ensemble des activités de l'inconscient dans la conscience. Hartmann donne pour base objective à l'expérience la structure universelle de la conscience, caractérisée par les « catégories », qu'il définit comme des « fonctions intellectuelles inconscientes ». Leur réalité en soi participe d'une Nature identifiée à l'Esprit. L'Esprit, confronté à la « chute » de la substance absolue dans le monde réel, tente de la rendre à son état divin originel. L'homme est à la fois le collaborateur et l'instrument d'un inconscient où le devenir de l'Esprit se confond avec une marche vers le néant. La réalisation hégélienne s'accomplit ainsi selon les voies schopenhaueriennes d'une création menée à son irrémédiable et souhaitable destruction. Il reste que cette philosophie s'inscrit dans le courant de nihilisme conventionnel qui allait complaisamment imprégner la mentalité du futur national-socialisme.

Antérieure d'une trentaine d'années aux premières œuvres de Sigmund Freud, la Philosophie de l'inconscient d'Eduard von Hartmann était lue et connue dans le milieu qu'allait toucher la découverte de la psychanalyse. Néanmoins, elle décrit sous le terme d'inconscient une instance assez étrangère à celle que définira cette dernière : l'inconscient selon Hartmann est « métaphysique et intemporel » ; il ignore le refoulement ; il ne peut être cause de maladie ; c'est au contraire de lui que peut venir toute guérison, etc. Pour les rapports entre cette conception et celle de Freud, voir L. Whyte, L'Inconscient avant Freud, trad., Payot, Paris, 1971, et Y. Brès, « Hartmann et l'inconscient romantique », in Critique des raisons psychanalytiques, P.U.F., Paris, 1985.

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Pour citer l’article

Raoul VANEIGEM, « HARTMANN EDUARD VON - (1842-1906) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/eduard-von-hartmann/