ÉCONOMIE RÉGIONALE ET URBAINE

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La nouvelle organisation des espaces politiques

Alors que les nations semblent constituer des entités de référence naturelles dans la mesure où elles se distinguent clairement les unes des autres par l'importance du commerce intérieur et les instruments de la souveraineté nationale – du moins jusqu'à une époque récente –, ce n'est pas le cas des entités infrarégionales comme les régions.

De l’indétermination des régions

Or, dès qu'on se pose des questions d'ordre politique, il faut en revenir à des territoires, dans la mesure où toute action politique s'inscrit au sein d'un espace donné. En outre, l'existence de régions administratives ou politiques conduit les responsables locaux, voire les populations elles-mêmes, à s'interroger sur le devenir de leurs territoires respectifs, créant ainsi des relations privilégiées au sein de certains groupes humains. Parfois, l'existence d'un sentiment régionaliste fort peut précéder la formation politique de l'entité régionale – voir les exemples de la Belgique, de l’Espagne et de l’Italie, plus récemment de la Grande-Bretagne. S’il convient, dans une perspective visant à guider l'action publique, d'accepter l'existence de régions comme un fait, la question de savoir si ces régions ont un contenu économique reste posée. La réponse est loin d'être claire quand on sait combien est subjective la démarche qui conduit en pratique à un découpage régional particulier. On peut cependant esquisser quelques lignes de force. Dans l'arbitrage entre rendements d'échelle croissants et coûts de transport et de communication qui préside également à la formation des espaces publics, la baisse sensible de ces coûts plaide en faveur d'entités administratives en nombre plus restreint mais de plus grande taille. En outre, dans la plupart des pays développés, la participation électorale tend à diminuer au fur et à mesure que l'enjeu devient plus local. Ces différentes forces convergeant dans la même direction, il n'est donc pas surprenant d'observer que la plupart des pays de l'O.C.D.E. ont effectivement réduit leur nombre d'instances administratives et agrandi leurs espaces de référence (la France constitue jusqu’à présent une exception notable).

Les communautés urbaines

En s'inspirant de différents travaux en théorie des finances publiques locales, on peut énoncer quelques propositions concrètes relatives à l'organisation des espaces publics. Le principe ordonnateur est qu'une région devrait viser à internaliser au maximum les effets d'agglomération et d'entraînement dont elle est la source, et ce afin d'en permettre une meilleure gestion collective. Idéalement, une région devrait être articulée autour d'une grande agglomération urbaine parce que celle-ci offre un plus fort potentiel de développement et permet une meilleure gestion des effets d'agglomération – on pense ici à l'Île-de-France, à la Lombardie ou aux grandes régions urbaines allemandes. En raison du même principe, la région devrait également intégrer les effets des politiques publiques locales, conduisant ainsi à une plus grande adéquation entre espaces public et privé. Plus précisément, Oded Hochman, David Pines et Jacques-François Thisse (1995) proposent le regroupement, au sein d'un même territoire, des aires d'influence des grands services publics locaux, tels que le transport, mais aussi des marchés locaux du travail et du logement. Dans ce contexte, les unités de décision pertinentes devraient être consolidées et rattachées à des espaces suffisamment grands pour leur permettre d'internaliser au mieux les effets des politiques locales et les économies d'agglomération. Il s'agit par conséquent d'élargir simultanément la base géographique des gouvernements métropolitains et leurs compétences. Pour que les politiques menées soient cohérentes, il est souhaitable qu'il y ait aussi concordance entre base électorale et région. De cette manière, on donne aux élus locaux les bonnes incitations en évitant les comportements opportunistes et le saupoudrage des dépenses.

Soulignons pourtant qu’il convient d’éviter l’écueil contraire poussant à la formation de « monstres administratifs ». De nombreux services publics ont de petites aires d’influence, de sorte que leur gestion décentralisée, mais coordonnée au niveau de la métropole urbaine, est souhaitable.

La question fondamentale est celle de savoir ce que seront les espaces de solidarité de demain, sachant que les inégalités spatiales d’aujourd’hui ne sont plus celles d’hier. En France comme ailleu [...]

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Écrit par :

  • : ancien professeur d'économie à l'École nationale des ponts et chaussées

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Pour citer l’article

Jacques THISSE, « ÉCONOMIE RÉGIONALE ET URBAINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-regionale-et-urbaine/