ULM ÉCOLE D'(1953-1968)

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Après la Seconde Guerre mondiale, la ville d’Ulm fait partie de la zone d’occupation américaine en Allemagne. Dès le début 1945, un cercle d’intellectuels cherche un moyen de redonner espoir à une société dans un état de grand désarroi après douze années de national-socialisme. Afin de participer à la reconstruction du pays, Inge Scholl, Otl Aicher et l’écrivain Hans Werner Richter décident de fonder la Ulmer Volkshochschule (École populaire supérieure d’Ulm), le 24 avril 1946. Dès 1948, elle compte 3 000 inscrits. Cette école est considérée comme un modèle pédagogique contribuant à former une société nouvelle et surtout à la renaissance intellectuelle de sa ville.

Ensuite, Scholl et Aicher réfléchissent à la création d’une autre école proposant une formation pluridisciplinaire et engageant un travail de recherche et de réflexion autour de la conception d’objets qui répondent aux besoins de la société. De réputation internationale et ancien élève du Bauhaus, l'artiste suisse Max Bill, dont la pensée reflète les ambitions des fondateurs pour cette nouvelle école, participe au projet dès 1948. Afin d’administrer juridiquement et financièrement l’École, Inge Scholl fonde la Geschwister-Scholl-Stiftung, en hommage à son frère Hans et sa sœur Sophie dont elle raconte le parcours dans le groupe de résistance au nazisme dans La Rose blanche (Die Weisse Rose, 1952). Elle réunit les fonds nécessaires pour la construction de nouveaux bâtiments sur la colline du Kuhberg. Les plans sont confiés à Max Bill qui imagine un campus moderne en béton brut où les étudiants et les enseignants pourraient à la fois travailler et vivre. La Hochschule für Gestaltung d’Ulm (HfG, École supérieure pour le design) est créé dès 1953.

Avant la fin des travaux, une vingtaine d’étudiants suit les premiers cours dans les locaux de la Ulmer Volkshochschule. La formation débute par un cours fondamental permettant de maîtriser les bases de la conception : proportion, forme, couleur, structure et espace. Max Bill, directeur de l’École, contacte d’anciens membres du Bauhaus pour l’enseignement : Josef Albers, Johannes Itten, Helene Nonné-Schmidt et Walter Peterhans. Afin de donner un rayonnement international à l’institution, des personnalités sont invitées comme Gui Bonsiepe, Anthony Froshaug, Hans Gugelot, Tomás Maldonado et Friedrich Vordemberge-Gildewart… Walter Gropius viendra des États-Unis pour l’inauguration officielle, en octobre 1955.

Après le cours fondamental, les étudiants se spécialisent dans l’une des quatre sections : architecture, conception de produits, communication visuelle, information. La formation est très complète. Peu d’étudiants sortent diplômés au bout de quatre années.

Aux débuts de l’École, Max Bill estime que l’art doit jouer un rôle déterminant dans le design. Les jeunes chargés de cours privilégient un design plus adapté à son époque, tourné vers l’industrie et la collaboration avec les entreprises et minorent la dimension artistique. Cette nouvelle période de développement du rationalisme et de la production industrielle intitulée « design technologique » (1956-1958) se concentre sur les sciences. On peut commencer à parler du « modèle ulmien ». En désaccord avec ce projet, Max Bill quitte l’École en 1956. Une autre phase (1958-1962) s’attache au positivisme scientifique. Dès 1962, le programme d’enseignement intègre les problématiques environnementales avec le renforcement des liens entre la théorie et la pratique, mais aussi les sciences et la conception.

À partir de 1958, l’institution publie sa revue trimestrielle Ulm et présente dans ses locaux les résultats de son travail. Parmi les réalisations les plus marquantes, on peut citer le tabouret Ulmer Hocker (1954) conçu par Max Bill en collaboration avec Hans Gugelot ou le combiné radio phono SK4 (1956) réalisé par Hans Gugelot et Dieter Rams pour la firme Braun (récompensé par le grand prix de la Triennale de Milan en 1957). L’accueil est très favorable bien au-delà des frontières, ce qui empêche le Land de Bade-Wurtemberg de montrer ouvertement son hostilité à un établissement jugé [...]

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Écrit par :

  • : docteure en histoire de l'art, enseignante-chercheuse à l'université de Strasbourg

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Pour citer l’article

Axelle FARIAT, « ULM ÉCOLE D' - (1953-1968) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ecole-d-ulm/