ITTEN JOHANNES (1888-1967)

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Si Johannes Itten n'a pas en tant que peintre l'importance d'un Klee ou d'un Kandinsky avec lesquels il professait au Bauhaus, il faut insister sur le caractère révolutionnaire de son enseignement (il s'est d'ailleurs senti très tôt pédagogue, puisque, dès 1916, il dirige une école d'art à Vienne). En 1919, Walter Gropius charge Itten de prendre en main le cours préliminaire du Bauhaus de Weimar, cours qui allait connaître un succès extraordinaire (mais jusqu'en 1922 au moins Itten enseigne aussi, de manière moins suivie, aux ateliers de sculpture sur pierre, d'ameublement, de vitrail, de métal, de peinture murale et de tissage). On connaît le principe de ce cours préliminaire (que l'on veuille être architecte, peintre, tisserand ou ébéniste..., on devait le suivre), et, si son contenu semble aujourd'hui moins original qu'à l'époque, il faut souligner l'audace d'Itten mettant l'accent (en 1919) sur ce qui fut depuis la Renaissance le refoulé pictural de l'Occident : la gestualité, la couleur, la texture. Outre les séances de relaxation par lesquelles Itten commençait ses cours, on peut observer dans tout l'enseignement d'Itten une certaine mise en évidence de l'importance du corps dans la « création » artistique : ainsi, pour leur faire découvrir la symétrie, il demande à ses élèves de dessiner simultanément des deux mains des courbes identiques : pour l'horizontale, de s'étendre ; pour dessiner un œuf, de le palper et d'en mesurer tactilement la forme ; pour dessiner un arbre, de partir du bas selon le processus de croissance de la plante.

C'est précisément dans l'étude de la texture qu'Itten se montre le plus révolutionnaire : il fait faire à ses élèves des collages de différents matériaux (plumes, poils, verre, bois, éléments végétaux : pommes de pins ou racines, etc.), il leur fait connaître la configuration microscopique de chaque objet, leur fait composer des œuvres « tactiles » qu'un aveugle pourrait apprécier (cela pour démonter le préjugé occidental attribuant un privilège exclusif à l'œil). Itten fabrique même avec ses élèves des textures artificielles ; en reproduisant la photographie d'une empreinte digitale, en la répétant sériellement, on obtient (c'est ce que Moholy-Nagy nommera plus tard le massing) une image donnant l'illusion d'un textile. Tous ces travaux sur la texture sont évoqués dans son ouvrage Le Dessin et la Forme.

Sur la couleur, on lui doit de nombreuses recherches, commencées au Bauhaus et terminées ensuite, qui pour être empiristes (dans la tradition goethéenne) n'en sont pas moins intéressantes : études de contrastes (d'intensité lumineuse, de quantité, de clair-obscur). Ces idées ont été exposées dans L'Art de la couleur (Kunst der Farbe, 1961).

Mais, en 1923, la métaphysique dont Itten baigne son enseignement ne convenant plus au Bauhaus (c'est l'époque du slogan de Gropius : « Art et technique : nouvelle unité »), Itten quitte Weimar. Il continuera cependant à enseigner : de 1926 à 1934, il dirige une école privée à Berlin ; de 1932 à 1938, il dirige l'École des arts textiles de Krefeld. Son intérêt pour le textile est indéniable, puisque, après avoir dirigé l'École et le musée des Arts décoratifs de Zurich, il dirige l'école textile de la même ville : entre textile et texture, il y a plus qu'un lien étymologique, et la question fondamentale qu'aura posée Itten (après des siècles d'occultation de la texture picturale) n'est-elle pas : « Qu'est-ce qu'un peintre, sinon un tisserand ? », c'est-à-dire une araignée qui sème des signes sur sa toile.

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Yve-Alain BOIS, « ITTEN JOHANNES - (1888-1967) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/johannes-itten/