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BERNE DISPUTE DE (1528)

Assemblée qui, tenue dans l'église des Cordeliers, à Berne, du 6 au 27 janvier 1528, marque une étape importante dans l'histoire de l'établissement de la Réforme en Suisse. La dispute de Berne est convoquée par le Grand Conseil bernois, au sein duquel se retrouve, dès le printemps de 1527, une majorité favorable à la Réforme. C'est l'époque de l'affrontement entre Clément VII et François Ier, d'une part, Charles Quint, d'autre part (mai 1527, sac de Rome). En Suisse, la résistance des cantons centraux aux réformes de type zwinglien ou érasmien est vive. Ainsi, une dispute (confrontation) tenue à Baden (16 mai-18 juin 1526) s'était conclue à l'avantage des catholiques représentés en particulier par les célèbres théologiens et polémistes Jean Eck et Thomas Murner ; Zwingli, absent, avait été excommunié.

Les Bernois, irrités par l'attitude des cantons catholiques à leur endroit et soucieux de rétablir l'unité religieuse dans leur ville et dans le canton, organisent une nouvelle dispute. Les évêques de Lausanne, Constance, Bâle et Sion déclinent l'invitation, de même que les cantons de Lucerne, Uri, Schwitz, Unterwalden et Zoug. Charles Quint en personne dit son hostilité à ce projet. Cependant, outre la présence des Bernois conduits par Berthold Haller et François Kolb, celle de délégations d'autres villes de Suisse, d'Allemagne du Sud et d'Alsace donnera à la dispute un retentissement dépassant le cadre local. Y participent notamment : Œcolampade, de Bâle ; Vadian, de Saint-Gall ; Conrad Trager, provincial des augustins de Fribourg-en-Brisgau ; Wolfgang Capiton et Martin Bucer, de Strasbourg. Les autres délégués viennent de Constance, Ulm, Lindau, Isny, Memmingen, Nuremberg, Augsbourg, Mulhouse. Jean Eck ainsi que Murner et Cochlaeus sont absents : ils dénonceront par écrit la dispute. La délégation la plus imposante vient de Zurich, conduite par le bourgmestre Röuist, Conrad Pellican, Sébastien Hoffmeister et Zwingli. Il serait cependant erroné d'accorder à ce dernier et à ses amis une importance exclusive dans la rédaction des thèses examinées et dans la tenue des débats.

Pendant trois semaines, à raison de deux sessions par jour, dix thèses, rédigées par Haller et Kolb, sont discutées. Le Petit et le Grand Conseil bernois, présents à la dispute, se réservent le droit de juger du caractère scripturaire ou non des thèses et des arguments développés en leur faveur ou à leur encontre. Les thèses 1 et 2 traitent de la primauté de l'Écriture sur l'Église : 1o « La sainte Église chrétienne, de laquelle Christ est l'unique chef, est née de la Parole de Dieu, demeure en elle et n'écoute pas la parole d'un étranger. » ; 2o « L'Église de Christ ne fait point de lois et d'ordonnances sans la Parole de Dieu ; c'est pourquoi toutes les ordonnances des hommes, qu'on nomme commandements de l'Église, ne nous lient qu'autant qu'elles sont fondées et ordonnées dans la Parole de Dieu » (A. Ruchat, Histoire de la réformation de la Suisse, 1835, t. II). Les autres thèses concernent : 3o l'œuvre de Christ ; 4o l'eucharistie ; ou portent : 5o contre la messe ; 6o contre l'intercession des morts ; 7o contre le purgatoire ; 8o contre les images ; 9o et 10o sur le mariage, celui des prêtres en particulier. Deux colloques annexes sont tenus, l'un à l'intention des francophones, avec la participation de Guillaume Farel, l'autre en présence d'anabaptistes.

Épreuve de force plutôt que colloque théologique, la dispute tourne à l'avantage des tenants de la Réforme. Avec l'accord d'une majorité de Bernois réunis à la cathédrale dès le 2 février, les Conseils bernois adoptent, le 7, un édit de réforme, qui soustrait les Églises bernoises à la compétence des[...]

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Écrit par

  • : professeur à la faculté protestante de théologie de Strasbourg

Classification

Pour citer cet article

Bernard ROUSSEL. BERNE DISPUTE DE (1528) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Autres références

  • FAREL GUILLAUME (1489-1565)

    • Écrit par
    • 264 mots

    Réformateur de la Suisse romande. Gentilhomme dauphinois cultivé, courageux et impulsif, disciple de Lefèvre d'Étaples et membre du groupe de Meaux, professeur de grammaire et de philosophie au collège parisien du Cardinal-Lemoine, dont il devient ensuite régent, Guillaume Farel rompt avec le catholicisme...

  • RÉFORME

    • Écrit par
    • 8 482 mots
    • 3 médias
    ...précaire en Suisse. Mais, en 1527, des élections permirent à ses partisans de conquérir la majorité au sein du Grand Conseil de Berne. En 1528 eut lieu la dispute de Berne, où l'Église romaine ne fut défendue que par des hommes de second plan, alors que la Réforme était présentée par une pléiade...