DAGUERRÉOTYPE

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Louis Daguerre

Louis Daguerre
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Le Cabinet des curiosités, Daguerre

Le Cabinet des curiosités, Daguerre
Crédits : Louis Jacques Daguerre/ Hulton Archive/ Getty Images

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Autoportrait, R. Cornelius

Autoportrait, R. Cornelius
Crédits : Robert Cornelius/ Hulton Archive/ Getty Images

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On désigne par daguerréotype le procédé photographique mis au point en 1839 par J. L. M. Daguerre à partir de la découverte de l'héliographie par Nicéphore Niepce. Mais, alors que le procédé de Niepce restait peu performant (lenteur et complexité des différentes opérations, faible sensibilité de la substance sensible : le bitume de Judée, etc.), Daguerre réalise le premier procédé photographique suffisamment élaboré et fiable pour être commercialisé.

Louis Daguerre

Louis Daguerre

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Louis Jacques Mandé Daguerre (1787-1851) inventeur, en 1837, du procédé photographique auquel il donne, un an plus tard, le nom de daguerréotype. 

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Le Cabinet des curiosités, Daguerre

Le Cabinet des curiosités, Daguerre

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Louis Jacques Mandé Daguerre (1787-1851), Le Cabinet des curiosités, 1837. Ce daguerréotype est donné comme celui qui marque l'aboutissement des recherches de Daguerre. Le procédé consiste à recueillir l'image formée par un objectif sur une surface d'argent poli placée dans une chambre... 

Crédits : Louis Jacques Daguerre/ Hulton Archive/ Getty Images

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Convaincu de l'intérêt de cette invention pour la nation tout entière, le député François Arago présente en 1839 le daguerréotype devant la Chambre des représentants et parvient, dans un discours resté célèbre, à convaincre ses pairs de la nécessité de faire acheter par la France le daguerréotype à son inventeur, afin d'en « doter libéralement le monde entier ».

Le daguerréotype tombe ainsi dans le domaine public. Le succès est immédiat. En 1841 sont vendus à Paris plus de deux mille appareils et un demi-million de plaques. C'est le début de ce que les caricaturistes ont appelé la « daguerréotypomanie ». Mais les difficultés de manipulation conduisent Daguerre à organiser des séances de démonstration et, surtout, à publier un manuel, le premier du genre, paradoxalement intitulé Historique et description du daguerréotype et du diorama. L'ouvrage ne connaîtra pas moins de huit traductions et trente-neuf éditions en dix-huit mois.

Les premiers spectateurs des daguerréotypes s'émerveillaient de la grande précision et de la prodigieuse netteté de l'image. En effet, le daguerréotype est réalisé sur une plaque de cuivre, couverte d'argent plaqué. Ce support lustré présente une image sans grain, aux tonalités argentées, fines et nuancées. Inversée comme dans un miroir (défaut rapidement corrigé par l'adjonction d'un prisme), elle ne peut être regardée que sous un certain angle, à cause du reflet métallique qui en perturbe la vision. D'une extrême fragilité (Arago le compare aux ailes d'un papillon), le daguerréotype doit être encadré et mis sous verre pour être mieux protégé. Mais sa caractéristique essentielle — qui deviendra vite un inconvénient et justifiera son abandon — est son unicité, puisque l'épreuve positive est obtenue par noircissement direct, sans passer par un négatif.

Ces qualités intrinsèques expliquent pourquoi le daguerréotype fut reçu comme un prolongement de la peinture. « De ce jour, la peinture est morte », s'exclame le peintre d'histoire Paul Delaroche à l'annonce de la découverte. Cette réaction prouve combien le daguerréotype, par son puissant réalisme, répond parfaitement aux canons esthétiques en vigueur dans la peinture académique. La transition sera donc aisée dans ces domaines particuliers que sont le dessin documentaire et surtout le portrait miniature, deux genres qui s'effaceront rapidement au profit de la nouvelle image, dont ce seront les deux principaux champs d'application.

Les premiers essais de portrait sont peu satisfaisants. La pose trop longue que l'on exige du modèle, maintenu immobile à grand renfort d'appuie-tête et autres accessoires, tient presque de la torture et contribue à lui donner une tête de supplicié aux yeux privés de vie (à cause du battement des paupières). Mais très vite des améliorations notables sont apportées au procédé initial. Le Viennois Josef Max Petzval met au point un objectif à quatre lentilles, seize fois plus lumineux que le ménisque utilisé par Daguerre.

Antoine Claudet, daguerréotypiste français ayant acheté à Daguerre une licence pour travailler à Londres, expose la plaque aux vapeurs de chlore, ce qui lui permet de tirer un portrait en une minute. Avec cinq à six clients par jour, Claudet réalise plus de mille huit cents clichés en un an. Son concurrent, Richard Beard, premier daguerréotypiste à avoir ouvert un atelier à Londres en 1841, rachète l'exclusivité des droits pour l'Angleterre et intente un procès à Claudet pour usage illicite du daguerréotype, procès que Claudet perdra cinq ans plus tard.

Mais c'est aux États-Unis que le daguerréotype connaît la plus vaste diffusion, grâce à la clairvoyance du peintre Samuel Morse, inventeur du télégraphe et premier Américain à se servir de l'invention de Daguerre. C'est dans son atelier de New York que se formèrent les grands portraitistes américains Edward Anthony, Mathew Brady ou Albert Sands Southworth. Dans son atelier de Boston, ce dernier réalisa, grâce à une parfaite maîtrise technique, des portraits puissants et majestueux, reflétant l'idéal humain de l'Amérique conquérante.

Autoportrait, R. Cornelius

Autoportrait, R. Cornelius

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Robert Cornelius, Autoportrait, 1839, daguerréotype. Prints & Photographs Division, The Library of Congress, Washington. Probablement réalisé dans la rue, en octobre de l'année même où le procédé a été inventé par Daguerre en France et, selon son souhait, est tombé dans le... 

Crédits : Robert Cornelius/ Hulton Archive/ Getty Images

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Le second champ d'application du daguerréotype est l'exploration du monde. De 1841 à 1844, Joseph-Philibert Girault de Prangey photographie l'architecture arabe du Proche-Orient et les monuments d'Égypte. De son périple en Chine, Jules Itier rapporte environ un millier de plaques. En raison de l'unicité des images, l'exploitation commerciale de ces prises de vue passe par la gravure. En 1844, l'éditeur français Lerebours publie les Excursions daguerriennes, ouvrage comprenant cent douze aquatintes tirées d'après des daguerréotypes dont les plaques originales ont été mordues à l'eau-forte. Certains graveurs n'ont pas hésité à rajouter aux vues originales les personnages vivants dont le daguerréotype n'avait pu conserver la trace. Ainsi disparaissait la qualité spécifique de l'image photographique : son automatisme. L'envoi — très onéreux — de daguerréotypistes de par le monde ne se justifiait plus. C'est alors que se perçoivent les limites du daguerréotype et les raisons de son abandon, vers 1855, au profit du procédé sur verre qui allie l'exigence de précision à celle de la reproductibilité.

—  Marc-Emmanuel MÉLON

Écrit par :

  • : professeur de communication à l'Institut supérieur des sciences sociales et pédagogiques de Marcinelle, Belgique, chargé de cours à l'université de Liège

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Pour citer l’article

Marc-Emmanuel MÉLON, « DAGUERRÉOTYPE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/daguerreotype/