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CONCERT

Le concert payant

Du théâtre payant aux concerts spirituels

On peut poser en principe qu'il n'y eut jamais de concerts payants avant la fin du xviie siècle. Comme pour la musique de concert, les premiers opéras furent des spectacles pour invités ; c'est en 1637, au San Cassiano de Venise, que l'on vit pour la première fois un théâtre payant. L'Angleterre suivit en 1639 avec William D'Avenant, et la France en 1669 avec Pierre Perrin et Robert Cambert, que Lully devait déposséder de leur privilège en 1672, rendant ainsi à l'opéra son rôle primitif de divertissement pour invités du roi (ce n'était qu'après un nombre réglementaire de représentations à la cour que le public était admis à se présenter aux guichets). Mais il s'agissait là de théâtre lyrique et non pas de concert.

C'est en 1672 que se placent les premiers concerts payants connus. Organisés à Londres par un violoniste en chômage, John Banister, ils ne furent d'abord que des concerts de salon de type courant, dont les assistants avaient payé leur place au lieu d'être invités par le maître du lieu. Dès 1676, Thomas Mace insérait dans son Musick's Monument un projet de salle de concert, fort curieux d'ailleurs, mais la première effectivement construite, celle de l'Holywell Music Room à Oxford, ne le fut qu'en 1748. Au début du xviiie siècle, les concerts payants étaient devenus relativement fréquents en Angleterre.

La France suivit cet exemple : en 1724, les concerts réguliers de musique italienne que depuis 1713 donnait chez lui le financier mécène Pierre Crozat furent, sur l'intervention de Mme de Prie, transformés en concerts d'abonnement payants à intervalles réguliers (deux fois par semaine, les jeudis et samedis après-midi), après quoi ils émigrèrent dans un salon du Louvre, puis des Tuileries, et donnèrent sans doute à Anne Philidor l'idée de la fondation de ses Concerts spirituels (1725). Ceux-ci furent la première entreprise de concerts publics payants donnés par une formation permanente (93 musiciens en 1762). Ces sociétés se multiplièrent tout au long du xviiie siècle ; à Paris même se créèrent des concerts concurrents, dont le plus célèbre fut en 1775 le Concert des amateurs, devenu en 1780 Concert de la Loge Olympique, du nom du local maçonnique qui l'hébergeait ; on sait que c'est à la demande de cette société que Haydn écrivit ses symphonies dites parisiennes.

Le xixe siècle devait être décisif pour le développement du concert. Dès 1800, les élèves et professeurs du Conservatoire nouvellement fondé s'unirent pour former, sous la direction de François Antoine Habeneck, un orchestre régulier dont les concerts prirent le nom d'« exercices d'élèves » ; en 1828, cet orchestre s'érigea en société contractuelle : ce fut la Société des concerts du Conservatoire, la première des nombreuses associations symphoniques qui ne tardèrent pas à se fonder un peu partout à son exemple.

Les concerts de solistes

Les concerts de solistes ont une histoire semblable. Jusqu'à la Révolution française, les solistes ne se font entendre que chez des amis ou sur invitation du mécène, dans son salon. Le concert public de soliste est lié à la notion de compositeur-virtuose : ayant quitté sa position de fonctionnaire salarié, le compositeur, jadis maître de chapelle, est souvent dans la gêne. Organiser un concert payant à son bénéfice est pour lui un moyen de « remonter le courant ». L'entreprise est aventureuse, souvent décevante, et souvent ce seront ses amis qui, tant bien que mal, joueront ce rôle d'imprésario qui n'existe pas encore en tant que métier. D'où le « concert à bénéfice » comme en donnèrent tant Mozart, Beethoven, Berlioz et beaucoup d'autres. Ces concerts, toujours de caractère exceptionnel, ont dans la plupart des cas un aspect « panaché »,[...]

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Écrit par

  • : ancien directeur de l'Institut de musicologie de l'université de Paris
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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