NOUVEAU MONDE CHRONIQUES DU

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Les chroniqueurs espagnols

La Couronne espagnole, soucieuse de perpétuer la gloire de ses conquêtes, encourageait le mouvement historiographique spontané de soldats et de prêtres. De plus, elle créa le poste officiel de Cronista Mayor et conçut des questionnaires type, en vue de faciliter la recherche de toutes les particularités des Indes. La première histoire des découvertes et des conquêtes fut écrite par l'humaniste milanais Pierre-Martyr d'Anghiera. Homme de confiance des Rois Catholiques, Anghiera rédigea une série de lettres au fur et à mesure que lui parvenaient les informations américaines. Outre ses lettres, publiées sous le titre de Opus epistolarum, il écrivit les Décades du De Orbe Novo (1493-1525), où il compléta et développa l'information concernant les événements survenus en Amérique. Influencé par Homère et Virgile, il voyait encore le Nouveau Monde à travers un prisme classique : Colomb aurait été l'émule d'Enée et d'Alexandre le Grand, et les femmes américaines des héroïnes de la Rome antique. Il appelait, d'ailleurs, les cannibales des lestrygons ou polyphèmes.

Le Codex Mendoza

Photographie : Le Codex Mendoza

Réalisé à Tenochtitlán entre 1541 et 1542 à la demande du vice-roi de la Nouvelle-Espagne, Antonio de Mendoza, ce codex constitue un document capital pour la connaissance du monde aztèque. Outre une partie importante consacrée à l'histoire aztèque, il propose dans une autre section une... 

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Parmi les grands chroniqueurs-historiens de cette époque, Gonzalo Fernandez de Oviedo occupe une place de choix. Né à Madrid en 1478, il fut page du duc de Villahermosa, puis du prince Jean. Plus tard, il entra au service du roi de Naples et du duc de Calabre. Il assista à la conquête de Grenade, prit part aux guerres d'Italie et fut témoin de la capture de François Ier à Pavie. En 1514, il arriva pour la première fois en Amérique, où il allait occuper des fonctions importantes en Terre-Ferme et à Saint-Domingue. Ses activités l'amenèrent en Amérique centrale et l'obligèrent à traverser plusieurs fois l'Atlantique. Observateur perspicace et annotateur méticuleux, Oviedo recueillit d'innombrables et précieux témoignages qu'il consigna dans sa monumentale Histoire générale et naturelle des Indes (1526). Divisée en trois parties, comprenant au total cinquante livres, son œuvre est une véritable encyclopédie américaine. Son récit événementiel de la conquête et de la colonisation est enrichi de magnifiques descriptions des pays, de minutieuses informations sur la flore et la faune, et de curiosités sur les sociétés indigènes. Le langage est d'autant plus riche qu'il incorpore une quantité appréciable de vocables empruntés aux langues indiennes.

Bartolomé de Las Casas, colon et prêtre dominicain, prit la défense des Indiens, dénonça les abus de l'encomienda (droit de bénéficier des corvées et du tribut fournis par les Indiens) dans des ouvrages véhéments qui eurent une large audience et furent traduits en plusieurs langues. Il les adressa à Ferdinand d'Aragon, puis à Charles Quint, notamment la Très Brève Relation de la destruction des Indes (1542). Il est ainsi à l'origine des « Nouvelles Lois » (1542), interdisant l'exploitation effrénée des Indiens et préparant l'extinction progressive de l'encomienda. Ayant renoncé à son évêché de Chiapas (Mexique), Las Casas rentra en Espagne en 1547. Cependant il continua à écrire, notamment une Histoire des Indes (1527-1561), où il vante les charmes de ces pays et les qualités de leurs habitants en même temps qu'il dénonce les abus du gouvernement colonial et les cruautés des conquistadores. Dans son Histoire apologétique des Indiens (1555-1559), Las Casas nous présente un tableau d'ensemble des cultures et des civilisations amérindiennes. Ses écrits et ses interventions en faveur des Indiens lui ont valu la considération de grands humanistes. Son œuvre demeure présente à l'esprit des philosophes des Lumières : il fut cité avec admiration par Montesquieu et Voltaire, et Marmontel s'inspira de lui dans son essai sur Les Incas. L'abbé Grégoire lui rendit un hommage solennel au cours d'une séance tenue à l'Institut de France le 22 floréal an VIII : « Très peu d'hommes ont eu l'avantage de remplir une vie aussi longue par des services aussi éclatants envers leurs semblables. Les amis de la religion, des mœurs, de la liberté et des lettres doivent un tribut de respect à la mémoire de celui qu'on nommait l'ornement de l'Amérique et qui, appartenant à l'Espagne par sa naissance et à la France par son origine, peut être à juste titre nommé l'ornement des deux mondes. »

Bartolomé de Las Casas

Photographie : Bartolomé de Las Casas

Prêtre dominicain, Bartolomé de Las Casas (1474-1566) est présent dès le début de la colonisation espagnole en Amérique et fut évêque du Chiapas. Écrivain prolixe, il n'a de cesse, au cours de sa vie, de défendre les Indiens contre les abus. Il remet en cause la légitimité de la... 

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Francisco López de Gómara, chapelain de Cortés, rédigea, dans un sty [...]

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La découverte du Nouveau Monde

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Pour citer l’article

Jacques LAFAYE, Itamar OLIVARES, « NOUVEAU MONDE CHRONIQUES DU », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chroniques-du-nouveau-monde/