GOUNOD CHARLES (1818-1893)

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En plus d'une des sensibilités musicales les plus fines de sa génération, Charles Gounod a tous les dons. C'est aussi un penseur d'une remarquable culture et de l'esprit le plus délié, sans parler de son goût très vif pour la peinture. Il eut la chance de vivre longtemps et de jouir de sa propre gloire. Il aura assisté avec sérénité aux métamorphoses du goût musical de ses contemporains. Vilipendé à ses débuts comme disciple de Wagner, les jeunes wagnériens le mépriseront dans sa vieillesse au nom de leur idole.

Gounod

Photographie : Gounod

Le compositeur Charles Gounod (1818-1893), un des créateurs de la mélodie française. 

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Un musicien à contre-courant

Il faut faire effort, maintenant que son œuvre est devenue familière, pour mesurer l'originalité de Gounod. La musique française semblait à son déclin. Il n'y avait d'oreilles que pour la musique italienne, et les « happy few » s'enivraient des prouesses vocales que dispensaient avec largesse les chanteurs ultramontains – virtuoses du bel canto. La mélodie régnait et n'était au vrai qu'un motif facile à mémoriser. Le bourgeois, infaillible arbitre en matière d'art, se donnait des illusions de grande et terrible musique avec Robert le Diable et Les Huguenots, frissonnant aux accents outranciers et frelatés de Meyerbeer cependant qu'il méprisait ou ignorait Berlioz. L'Opéra-Comique également avait ses faveurs où un romantisme bien ouaté et le plus souvent fade s'exprimait dans les ouvrages déjà classiques de Boieldieu et d'Hérold, d'Auber et d'Adam, « le premier des hommes et le dernier des musiciens » comme le définit Chabrier. À l'exception de quelques amateurs et professionnels qui, très confidentiellement, chérissaient les grands Allemands, de Bach à Beethoven, ou s'intéressaient aux maîtres de la Renaissance grâce aux efforts que poursuivait en leur faveur le prince de la Moskova, la vie musicale était exclusivement accaparée par la scène. Hors d'elle, point de salut. Gounod, dans sa jeunesse, plutôt attiré par la musique religieuse et symphonique à laquelle il revint plus tard, fut bien obligé d'écrire pour la scène. « Pour un compositeur, dit-il, il n'y a guère qu'une route à suivre pour se faire un nom : c'est le théâtre. »

Dès qu'il paraît, Gounod est incompris. Et ce n'est pas chez lui désir de provoquer, de jouer les révolutionnaires. Il ne ressemble en rien à Berlioz, son aîné de quinze ans qui, seul, salue prophétiquement ses premières œuvres. « M. Gounod a prouvé là qu'on peut tout attendre de lui », écrit-il après l'exécution d'un Agnus Dei que Gounod fit entendre au lendemain de son grand prix de Rome (1839). Et cette admiration ne devait point faiblir ; admiration réciproque, « Berlioz a été l'une des plus profondes émotions de ma jeunesse », confie Gounod dans sa préface à la Correspondance de Berlioz. Il lui faut attendre quarante ans pour connaître, avec Le Médecin malgré lui, ses premiers succès et, près de dix ans plus tard, avec Roméo et Juliette (1867), un succès incontesté. On reste ahuri devant le concert d'imprécations que soulevèrent ses ouvrages, et avec une si constante obstination dans l'erreur. Scudo, le critique écouté de La Revue des deux mondes, lui reprochait après La Reine de Saba (1862) son goût « pour les derniers quatuors de Beethoven, source troublée d'où sont sortis les mauvais musiciens de l'Allemagne moderne, les Liszt, les Wagner, les Schumann, sans omettre Mendelssohn... ». On s'acharne sur le mélodiste. Le critique de la Revue et Gazette musicale de Paris déclarait à la reprise de Faust (1862) : « Faust, dans son ensemble, n'est point l'œuvre d'un mélodiste. » « Musique d'idées abstraites », renchérissait Blaise de Bury, assenant l'argument massue des sourds. Mais quoi ? Cette musique pouvait-elle dès l'abord être appréciée ? On ne voit que trop bien à distance ce qui, chez Gounod, a paru étrange : une mélodie si peu théâtrale – dans le sens où on l'entendait alors – dénuée de boursouflure, mais d'une simplicité perdue dont il retrouvait le secret, outre les beautés d'une harmonie symbolique qui soulignait le mot, créait le décor : autant de vertus qui paraissaient suspectes. Le doux Gounod, sans rien de spectaculaire, nageait candidement mais obstinément à contre-courant. Il croyait à la discrétion dans un temps où l'on aimait le clinquant et le tapageur.

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  • : professeur au Conservatoire national de région de Strasbourg, chef d'orchestre du Collegium musicum de Strasbourg

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Pour citer l’article

Roger DELAGE, « GOUNOD CHARLES - (1818-1893) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/charles-gounod/