CERVEAU ET LANGAGE ORAL

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De tous les moyens dont dispose l’être humain pour communiquer avec ses semblables, le langage est le plus efficace. Comme la bipédie, le langage oral est un comportement universel, au développement spontané dans notre espèce et, sauf à être empêchées par la maladie, les prémices de cette fonction peuvent être mises en évidence dès avant la naissance.

Le langage se compose d’un ensemble hiérarchisé d’unités dont l’emboîtement suit un principe combinatoire dit de la « double articulation ». À partir d’un répertoire très restreint d’unités élémentaires – les phonèmes – organisées en catégories phonétiquement distinctives, on obtient en les combinant un nombre très grand d’unités porteuses de sens : les unités lexicales, liées à une valeur sémantique – principalement les mots et les morphèmes. Des règles syntaxiques et morphologiques propres à chaque langue – la grammaire – permettent la composition d’un nombre bien plus élevé de phrases où sont, là encore, distinguées des catégories d’unités lexicales – principalement les noms et les verbes. Cette description de segments emboîtés est cependant insuffisante à décrire le langage oral, physiquement instancié sous la forme de phénomènes acoustiques et vocaux. L’onde vocale présente en outre des caractéristiques suprasegmentales – ou prosodie – qui permettent des distinctions lexicales dans les langues accentuées, jouent un rôle pragmatique d’accentuation, définissent certains modes grammaticaux ou encore expriment des états émotionnels. Établir les bases cérébrales du langage oral nécessite l’examen de l’ensemble de ces dimensions, vise à en comprendre les bases génétiques et à en suivre chez l’enfant l’ontogenèse.

Les connaissances concernant l’anatomie fonctionnelle cérébrale du langage ont été initiées par les travaux de Paul Broca à Paris dès 1860

Depuis les années 1980, ces connaissances, issues de la neuropsychologie clinique, ont été sensiblement renouvelées par le développement de multiples techniques dites d’imagerie fonctionnelle et structurale du cerveau humain. Ces techniques, fournissant des mesures indirectes du taux d’activité métabolique local dans le volume cérébral lorsque des sujets sains sont engagés dans des activités langagières, ont fourni des données indépendantes de celles liées à l’observation des effets des lésions cérébrales. Elles confirment néanmoins généralement celles de l’aphasiologie tout en les complétant sur beaucoup d’aspects.

Bases cérébrales du développement du langage oral

L’étude des bases fonctionnelles et cérébrales de l’ontogénie du langage s’est effectuée à l’aide de paradigmes issus de la psychologie expérimentale adaptés au comportement du tout jeune enfant, de méthodes de neurophysiologie (potentiels évoqués, imagerie optique) et d’imagerie cérébrale (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, IRMf). Ces travaux ont permis de montrer, à des âges de plus en plus précoces, l’existence de capacités de perception – et parfois leurs corrélats neuronaux – spécifiques à la parole humaine, à la voix de la mère, à la prosodie et à la phonologie propre à la langue maternelle. Ces données montrent une capacité de perception qui précède les capacités d’expression de la parole.

Si, dès la naissance, et par la suite au cours du développement, on identifie des aires cérébrales spécialisées dans le traitement du langage, les structures impliquées et la dynamique de leurs activations ne sont pas immédiatement identiques à celles de l’adulte ; le langage s’installe progressivement dans le cerveau sous l’influence des interactions avec l’environnement linguistique auquel l’enfant est soumis.

Tout un courant de recherches a permis de caractériser les réponses neurophysiologiques, précoces et spécifiques à la perception du langage oral par le cerveau du nouveau-né et du jeune bébé.

Les cortex temporal supérieur et frontal postéro-inférieur des hémisphères cérébraux montrent très précocement des réponses au signal de parole. Dans l’hémisphère droit, des réponses aux éléments prosodiques ont été enregistrées [...]

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Les aires du cortex cérébral impliquées dans la perception de la parole

Les aires du cortex cérébral impliquées dans la perception de la parole
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Décours temporel des ondes électriques cérébrales impliquées dans le codage de la parole

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Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Les deux voies de la compréhension de la parole

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Les principales aires du langage à la surface du cortex de l’hémisphère cérébral gauche

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Écrit par :

  • : professeur de neurologie, université de Lausanne (Suisse), directeur de recherche à l'INSERM

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Jean-François DÉMONET, « CERVEAU ET LANGAGE ORAL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cerveau-et-langage-oral/