CATHOLICISMELe pontificat de Benoît XVI

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Dernières inflexions

Face à de telles dérives, la question qui domine le flot des critiques sévères est la suivante : le pape théologien gouverne-t-il vraiment ? Plus que jamais, l'absence d'une procédure collégiale au plus haut niveau se fait cruellement sentir. Le pape continue, contrairement aux préconisations du concile, de diriger en monarque isolé au sommet de la pyramide hiérarchique, sans l'assistance des représentants épiscopaux, et donc exposé à des groupes de pression que rien ne vient contrarier. Mal entouré, notamment par son frère, prêtre lefebvriste de longue date, et informé d'une manière que l'on peut craindre des moins impartiales, il semble avoir beaucoup de mal à sentir battre le pouls de l'Église réelle, à conduire les adaptations nécessaires de la doctrine et de la praxis à un monde en transformation accélérée.

Consternés par l'influence croissante des milieux réactionnaires sur le gouvernement pontifical, des cardinaux européens sont intervenus conjointement auprès du pape pour demander un rééquilibrage. Le résultat de cette action fut la Lettre aux évêques de l'Église catholique, du 10 mars 2009, dans laquelle Benoît XVI annonçait la réforme de la commission Ecclesia Dei et la destitution de son président et plaçait le procès de réintégration des schismatiques sous le contrôle de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Cette lettre aux évêques est sans aucun doute le signe d'une crise du bloc des droites au Vatican ou, à tout le moins, d'une première tentative de Benoît XVI pour prendre ses distances. Si la levée de l'excommunication est un acte de miséricorde, valable au plan disciplinaire, le pape souligne que sur le plan doctrinal la réintégration des schismatiques ne peut passer que par « l'acceptation du concile Vatican II et du magistère post-conciliaire des papes ». Il rappelle à la fraternité saint Pie X que l'« on ne peut geler l'autorité magistérielle de l'Église à l'année 1962 ».

Le ton très personnel de la lettre invite à tourner le regard vers l'avenir, laissant quelque espoir d'assouplissement du magistère rigide du pape. De même, l'encyclique Caritas in veritate du 7 juillet 2009, si soucieuse de confirmer les principes classiques de l'éthique sociale catholique, n'a pas hésité à soutenir des solutions audacieuses à la crise du capitalisme, au point de s'attirer les critiques de représentants de la pensée catho-capitaliste comme George Weigel et Michael Novak. Enfin, lors de l'audience du 10 juillet accordée au président Obama, Benoît XVI a ruiné les espérances belliqueuses des faucons et de l'aile intégriste du catholicisme américain en approuvant les médiations politiques nécessaires aux réformes législatives afin de réduire le nombre d'avortements, d'améliorer les politiques sociales et de réduire l'injustice sociale aux États-Unis et dans le monde.

Cependant on peut penser que la facture identitaire et dogmatique du pontificat de Benoît XVI ne recevra pas de corrections substantielles. Pour maintenir la Tradition, son ecclésiologie mise sur des groupes chrétiens minoritaires à forte conviction et non sur la mobilisation des masses laïques. Son modèle de prêtrise reste tridentin : il a lancé en 2009 une année sacerdotale inspirée de la figure du curé d'Ars. La Tradition est encore renforcée par la constitution du 4 novembre 2009 Anglicanorum coetibus, qui instaure des « ordinariats personnels » pour accueillir les groupes anglicans traditionalistes opposés au libéralisme de leur Église. Rome admet ainsi en son sein des communautés entières de clercs et de laïcs, qui conserveront liturgie, organisation et tradition propres. Par dispense pontificale spéciale, même les prêtres mariés pourront être admis dans ces nouveaux diocèses ad hoc. Par ailleurs, le pape continue à se montrer timoré sur les réformes structurelles indispensables. Jusqu'ici, la plupart de ses décisions, tentant de rassurer des extrêmes obsédés par une désagrégation du catholicisme en Occident, l'ont exposé à des crises de confiance répétées et ont causé de profonds malaises au sein de la chrétienté universelle. Les résultats visibles d'une interprétation académique de son rôle de pasteur font craindre à certains analystes que Benoît XVI ne laisse une Église catholique encore plus divisée que ne l'était l'Église superficiellement massifiée au temps d'un Jean-Paul II triomphant.

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Écrit par :

  • : professeur d'éthique de l'information à l'université de Padoue, correspondant de presse accrédité auprès du Saint-Siège depuis 1961

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Pour citer l’article

Giancarlo ZIZOLA, « CATHOLICISME - Le pontificat de Benoît XVI », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/catholicisme-le-pontificat-de-benoit-xvi/