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MALINOWSKI BRONISLAW (1884-1942)

Malinowski, plusieurs décennies après sa mort, reste l'un des maîtres à penser dont l'influence est encore la plus actuelle. L'interprétation fonctionnaliste a inspiré de nombreux chercheurs de l' anthropologie culturelle britannique et américaine, et la théorie, conçue d'abord sur le terrain, a été reprise par divers sociologues contemporains, en particulier par R. K. Merton.

L'analyse des phénomènes d'acculturation qu'il a poursuivie – l'un des premiers à s'engager sur cette voie – a anticipé sur les recherches qui sont menées de nos jours au niveau de la psychosociologie des contacts interculturels et du développement.

L'aventure intellectuelle de Malinowski est particulièrement riche et complexe. C'est réellement au milieu des sociétés paysannes d'une petite île mélanésienne qu'il a élaboré son système d'interprétation ; cette position pragmatique se définit néanmoins à partir d'une double réaction à l'encontre des excès des deux théories dominantes de son temps : l'évolutionnisme et le diffusionnisme. Cette réaction a été elle-même quelque peu excessive, car, voyant fonctionner une société au niveau de l'existence quotidienne, Malinowski a eu tendance à négliger la perspective historique.

L'apport scientifique du chercheur s'exprime à trois niveaux : d'abord au niveau des analyses culturelles concrètes qu'il a menées sur place in vivo, ensuite au niveau de la nouvelle méthode d'enquête qu'il a pratiquée, enfin au niveau de la formalisation théorique de son essai d'interprétation des faits sociaux.

L'homme. Ses expériences de terrain

Bronislaw Kaspar Malinowski, sujet autrichien, est né à Cracovie ; il appartenait à une ancienne famille polonaise. Après des études qui le mettent en contact avec l'historien des religions W. Wundt et l'économiste K. Bücher, il s'installe en Grande-Bretagne en 1910. Après avoir travaillé en liaison avec C. Seligman à la London School of Economics et avec A. Radcliffe-Brown, il a des difficultés au moment de l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne ; mis d'abord en résidence surveillée, il obtient l'autorisation d'aller travailler en Nouvelle-Guinée.

Il séjourne chez les Mélanésiens des Trobriand pendant deux ans. Il se marie en Australie et s'installe à Londres comme professeur d'anthropologie à la London School of Economics. À partir de 1938, il séjourne définitivement aux États-Unis, où il travaille à l'université Yale. Il meurt à cinquante-huit ans.

Malinowski a gardé de sa situation de départ ambiguë (une situation d'apatride de fait, aggravée de malheurs de famille et d'un certain déclassement social) une affectivité, et même une susceptibilité, à fleur de peau ; son caractère a toujours été difficile ; son humour voilait mal une certaine agressivité ; mais l'homme était droit, généreux, fidèle dans ses amitiés, excellent professeur et infatigable au travail.

Il paraît intéressant de récapituler ses diverses expériences de terrain, l'essentiel étant, bien entendu, les enquêtes effectuées aux Trobriand. En septembre 1911, Malinowski prend un premier contact avec une société archaïque et travaille avec le principal informateur de Seligman. D'octobre 1914 à février 1915, il enquête chez les Mailu de l'île Toulon (Papous orientaux) ; il en retirera une substantielle étude publiée en 1915 en Australie. De juin 1915 à mai 1916, il séjourne pour la première fois aux îles Trobriand ; ses enquêtes sont faites d'abord en pidgin, puis en mélanésien : il pratique la méthode de l'« observateur participant » (participant-observer). En 1926, il visite les Indiens Pueblo. En 1934, il est en Afrique du Sud et en Afrique orientale (chez les Swazi,[...]

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Écrit par

  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Nice, membre de l'Académie des sciences d'outre-mer

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ANTHROPOLOGIE DE L'ART

    • Écrit par Brigitte DERLON, Monique JEUDY-BALLINI
    • 3 610 mots
    • 1 média
    Sous l’impulsion de Bronislaw Malinowski qui conteste la validité de toute histoire conjecturale et pose les bases expérimentales de l’anthropologie, l’observation participante sur la longue durée place au premier plan l’analyse synchronique des faits sociaux. De ce fait, l’étude des objets connaît un...
  • ANTHROPOLOGIE ÉCONOMIQUE

    • Écrit par Maurice GODELIER
    • 5 153 mots
    Avec Boas et Malinowski, on assiste à la découverte concrète, à l'analyse détaillée de l'existence et de l'importance de la compétition et des échanges au sein des sociétés primitives. En même temps, du fait que kulaet potlatch se développent principalement au-delà des activités...
  • ANTHROPOLOGIE POLITIQUE

    • Écrit par Georges BALANDIER
    • 5 811 mots
    • 1 média
    ...légitimité, un des moyens utilisés dans le cadre des compétitions politiques. Non seulement le rituel, mais le mythe aussi se soumet à cette contrainte. B.  Malinowski a considéré ce dernier comme « une charte sociale », comme un outil manipulé par les détenteurs « du pouvoir, des privilèges et de la propriété...
  • ANTHROPOLOGIE RÉFLEXIVE

    • Écrit par Olivier LESERVOISIER
    • 3 448 mots
    ...pas que ces derniers n'aient pas réfléchi à leurs conditions d'enquête ni qu'ils en aient ignoré la dimension subjective. Des anthropologues tels que Bronislaw Malinowski ou Marcel Griaule ont ainsi attiré l'attention sur cette « part personnelle » dans le processus d'enquête, mais sans pour autant...
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Voir aussi