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DIFFUSIONNISME

Il existe certes un sens sociologique du terme « diffusion » qui se rapporte à la seule propagation des idées, soit directement, de bouche à oreille (rumeur), soit indirectement, par le livre et les moyens de propagande dits audio-visuels. Il s'agit là d'un sens restreint, que l'on ne retiendra pas ici. Dans un autre sens, celui que lui donne l' anthropologie culturelle, il se rapporte à la propagation de traits culturels, aussi bien spirituels (institutions sociales, mythes ou rites) que matériels (types de céramique, techniques agricoles, etc.), de la société où ils sont apparus à des sociétés culturellement différentes. Or, justement, les recherches des ethnologues ont bien montré entre des cultures géographiquement proches sans doute, mais aussi parfois fort différentes les unes des autres, l'existence de faits de récurrence, qui ne peuvent être expliqués seulement par les lois du hasard. L' évolutionnisme expliquait ces faits de similitude en postulant que toute civilisation passe, au cours de son histoire, par les mêmes étapes de développement. Les partisans du parallélisme ont recours à la notion de convergence : ces similitudes proviennent de ce que les esprits humains en tant que tels étant partout identiques, les mêmes traits culturels peuvent être inventés en divers endroits sans qu'il y ait emprunt, ou encore de ce que, par suite de la similarité des milieux soit extérieurs (savane, forêt), soit intérieurs (mentalités collectives), des institutions et des techniques très différentes à l'origine tendent en se développant à se ressembler de plus en plus, d'une façon externe, d'ailleurs, bien plus que dans leur structure profonde. Le diffusionnisme enfin explique ces mêmes similitudes par des emprunts entre sociétés et cultures différentes.

Le diffusionnisme ainsi défini a joué dans l'histoire de la pensée ethnologique un rôle de premier plan. Comme Lévi-Strauss l'a montré, cette théorie repose au fond sur la même analogie biologique entre espèces sociales et espèces vivantes, dont l'évolutionnisme étudierait les lois de filiation et le diffusionnisme la distribution géographique (on trouve bien chez Tylor à la fois la notion d'évolution et celle de diffusion). Pourtant, avec Boas, il apparaît clairement que ladite théorie s'est présentée comme une critique de l'évolutionnisme, tout en se situant sur le même plan : celui de la reconstitution de l'histoire de l'humanité. Seulement, alors que l'évolutionnisme tente de la reconstruire logiquement, le diffusionnisme a cherché à établir d'une façon plus objective et plus prudente les critères et les lois permettant de distinguer des moments successifs à travers les processus temporels de la diffusion. L'ethnologie sera historique, disait Kroeber, ou elle ne sera pas. Bref, l'école diffusionniste a constitué un moment important dans l'effort des ethnologues pour découvrir, en l'absence de toute chronologie, une dimension temporelle, sans véritables dates, dans les faits sociaux et culturels. De toutes ces recherches qui ont été abandonnées à partir de Malinowski et, d'une façon plus générale, à partir de l'apparition de l'école fonctionnaliste en ethnologie, que reste-t-il aujourd'hui ? La ruine du diffusionnisme, comme doctrine, entraîne-t-elle la négation de l'idée même de diffusion, ou encore celle de toute tentative pour réintégrer l'ethnologie dans l'histoire ?

Histoire du diffusionnisme

Franz Boas

Critères de Boas

Critères de Boas

On peut considérer Boas comme le père du diffusionnisme, même si l'idée de diffusion existait avant lui. En effet, dans sa critique de l'évolutionnisme, il ne veut pas renier l'histoire, mais substituer à l'« évolution biologique » une autre forme d'évolution, qu'il appelle l'« évolution culturelle » : « Aucun événement ne se[...]

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Écrit par

  • : professeur honoraire à l'université de Paris-I

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Critères de Boas

Critères de Boas

Aire chronologique

Aire chronologique

Autres références

  • ACCULTURATION

    • Écrit par Roger BASTIDE
    • 8 306 mots
    • 1 média

    Formé à partir du latin ad, qui exprime le rapprochement, le terme acculturation a été proposé dès 1880 par les anthropologues nord-américains. Les Anglais lui préfèrent celui de cultural change (moins chargé de valeurs ethnocentriques liées à la colonisation : Malinowski), les Espagnols celui...

  • ANTHROPOLOGIE

    • Écrit par Élisabeth COPET-ROUGIER, Christian GHASARIAN
    • 16 158 mots
    • 1 média
    ...toute théorie générale qui pourrait dépasser une spécificité culturelle. À l'inverse de ce que professe l'évolutionnisme, la causalité repose ici sur la notion de diffusion culturelle, qui tend à expliquer la présence de traits ou d'institutions donnés par les contacts et les emprunts qui sont supposés...
  • ANTHROPOLOGIE DE L'ART

    • Écrit par Brigitte DERLON, Monique JEUDY-BALLINI
    • 3 610 mots
    • 1 média
    ...l’étude de l’ornement que certains considéraient à l’origine de l’art dans l’histoire de l’humanité (Evolution in Art, Haddon, 1895). Peu à peu, toutefois, l’essor concurrent des théories diffusionnistes (Frobenius, Graebner et Ankermann) axées sur les emprunts culturels les conduisit à s’interroger sur les...
  • BASTIAN ADOLF (1826-1905)

    • Écrit par Universalis
    • 315 mots

    Anthropologue et médecin allemand né le 26 juin 1826 à Brême, Adolf Bastian est un précurseur du diffusionnisme. Il est à la source d'une théorie de l'unité psychique de l'humanité, qui explique que certaines « idées élémentaires » soient communes à tous les peuples. Selon lui, les traits culturels,...

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Voir aussi