BRIDGE FRANK (1879-1941)

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Chambriste et chef d'orchestre remarquables, Frank Bridge est aussi le plus grand et le plus important compositeur britannique de musique de chambre.

Frank Bridge naît le 26 février 1879 à Brighton (Sussex). Son père, professeur de violon, encourage ses dons précoces pour la musique. À partir de 1896, le jeune homme étudie le violon et le piano au Royal College of Music de Londres. Une bourse, obtenue en 1899, va lui permettre d'y étudier la composition avec Charles Villiers Stanford durant quatre ans, jusqu'en 1903. Puis, pour gagner sa vie, Bridge se tourne vers la profession d'interprète : il devient en 1904 le second violon du Quatuor Grimson puis, en 1906, l'altiste du légendaire Quatuor Joachim – où il succède à Emanuel Wirth – avant d'être celui de l'English String Quartet (1907-1915). Il développe également une importante activité de chef d'orchestre, notamment d'opéra, au Savoy Theatre de Londres (1910-1911) et à Covent Garden (1913), ainsi qu'à la tête des grandes phalanges londoniennes.

Durant sa première période créatrice, Frank Bridge se consacre principalement à la mélodie et à la musique de chambre ; on citera Novelletten, pour quatuor à cordes (1904), Three Idylls, pour quatuor à cordes (1906) – dont la deuxième deviendra le thème des Variations sur un thème de Frank Bridge (1937) de son unique élève en composition, Benjamin Britten –, le Premier Quatuor à cordes, « Bologna », en mi mineur (1906), les trois séries de Miniatures, pour violon, violoncelle et piano (1906-1907).

Traditionnelle et encore influencée par le postromantisme brahmsien hérité de son maître Stanford, la Phantasie pour quatuor à cordes, en fa mineur (1905), est le premier fruit de l'engagement de Bridge dans le renouveau « modernisé » d'une ancienne forme de la musique élisabéthaine que le musicologue et mécène britannique Walter Willson Cobbett (1847-1937) tentait alors de promouvoir en organisant un concours de composition. De fait, le compositeur sacrifiera par trois fois à cette forme. Et par trois fois ses « fantaisies » seront primées, mais seule la deuxième – Phantasie pour piano, violon et violoncelle, en ut mineur – obtiendra le premier prix, en 1907, et seule la troisième – Phantasie pour quatuor avec piano, en fa dièse mineur (1910) – a mérité de passer à la postérité par son élégance quasi fauréenne et le raffinement de son écriture harmonique.

Remontant aux années 1904-1905 dans sa première mouture, le Quintette avec piano en mineur (1912) est une véritable réussite et c'est avec le somptueux Sextuor à cordes en mi bémol majeur (ébauché en 1906 et achevé en 1912) que prend fin la première époque créatrice de Frank Bridge, dans un élan d'optimisme luxuriant qui va bientôt être battu en brèche par le choc de la Première Guerre mondiale. Celui-ci est tel qu'il induit chez Bridge, profondément pacifiste, une évolution technique et esthétique radicale.

En fait, le second Frank Bridge va s'affirmer comme le créateur le plus audacieux, le plus résolument « moderne » de la musique anglaise de l'entre-deux-guerres. Son langage, de plus en plus tendu chromatiquement, usera ainsi autant de l'atonalité que de la polytonalité : son Troisième Quatuor à cordes se rapproche bel et bien de l'esthétique de la seconde École de Vienne – et notamment de celle d'Alban Berg par sa richesse expressive –, tout comme le Quatrième Quatuor à cordes – avec son travail sur les quartes, les quintes, les tierces majeures et les neuvièmes – n'est pas sans évoquer Alexandre Scriabine.

C'est en 1915 que Bridge entre dans une période de transition. De celle-ci relèvent le Deuxième Quatuor à cordes (1915), où la densité de la polyphonie et le chromatisme croissant n'ont cependant pas encore subverti la tonalité de sol mineur, et la Sonate pour violoncelle et piano, en  mineur (1913-1917), dont le second mouvement suspend déjà la tonalité en maints endroits. La Sonate pour piano (1921-1924) inaugure véritablement le tournant stylistique du compositeur.

Son Troisième Quatuor à cordes (1925-1926), résolument atonal, ouvre la série des chefs-d'œuvre annoncée par cette sonate. Puis Bridge signe son extraordinaire et monumental Deuxième Trio pour violon, violoncelle et piano (1929), la [...]

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  • Timothée PICARD
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Alain FÉRON, « BRIDGE FRANK - (1879-1941) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/frank-bridge/