BANQUE - La crise des subprimes et le système bancaire

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La crise déclenchée durant l'été de 2007 sur le marché des dérivés de crédit a eu pour cause première le retournement du marché des emprunts immobiliers aux États-Unis. Elle s'est transformée l'année suivante en une crise financière majeure, affectant tout particulièrement les banques. Elle a ensuite précipité une dépression économique qui a obligé les pouvoirs publics, en 2009 puis en 2010, à venir en aide aux entreprises et aux ménages, dans des conditions de financement de la dette publique toujours moins favorables.

Si cet engrenage, tout à fait classique, ne distingue en rien la crise des subprimes des précédentes paniques financières, la taille des pertes en fait une des plus violentes de l'histoire : de 2008 à 2015, celles-ci devraient atteindre un montant de 5 000 milliards de dollars. Malgré l'importance de ses effets économiques et sociaux, cette crise n'a pourtant pas provoqué, contrairement à ce qui avait eu lieu dans les années 1930, une véritable remise en cause du principe d'organisation des activités financières : l'impératif de liquidité, suivant lequel les détenteurs de capitaux et les professionnels qui interviennent en leur nom sur les marchés doivent pouvoir investir et désinvestir au gré d'intérêts purement chrématistiques (accumulation pour l'accumulation), sans considération des conséquences pour le reste de la société.

Les origines de la crise

Les origines de la crise sont principalement de deux ordres, macroéconomique et réglementaire : les politiques monétaires expansives du début des années 1990 se sont conjuguées à la déréglementation, amorcée dès la fin de la décennie de 1970 pour accroître le désordre concurrentiel dans tous les compartiments de l'industrie financière.

La déréglementation financière

La déréglementation financière trouve ses mécanismes déclencheurs dans l'essor des euromarchés à Londres dès les années 1960, la croissance de la finance institutionnelle et, à partir des années 1980, la recherche par les pouvoirs publics de moyens non inflationnistes de financement des administrations et des entreprises.

Pour satisfaire les revendications des banquiers et promouvoir des « champions nationaux » capables de rivaliser au niveau mondial, les gouvernements sont revenus sur la norme séparant strictement les activités de banque commerciale et de banque d'affaires. L'avènement de la banque universelle a ainsi accentué la concentration du secteur bancaire et créé de véritables multinationales financières.

L'accentuation de ces tendances dans les années 1990 modifie le cœur de métier des banques. Plutôt que de garder dans leurs portefeuilles les crédits qu'elles allouent, elles les « titrisent » : elles les regroupent dans des titres représentatifs de ces créances pour ensuite les vendre sur de nouveaux « marchés dérivés », après que les agences de notation les ont évalués. Les paiements effectués par l'emprunteur initial ne sont donc plus encaissés par la banque à l'origine du prêt, mais reversés aux détenteurs ultimes du produit de la titrisation. Ce modèle semblait offrir aux banques et à leurs actionnaires, avides de rendement, un rapport rentabilité/risque incomparablement meilleur que celui de leur métier traditionnel de collecte de dépôts et octroi de crédits. Afin d'exploiter pleinement toute nouvelle opportunité de profit, les banques ont développé leurs activités de négoce pour compte propre, renforcées par un puissant effet de levier qui permet de multiplier la rentabilité des capitaux engagés, mais aussi – en cas de revers – de démultiplier les pertes.

À la fin du xxe siècle, les plus grandes banques des principales économies développées disposent donc d'un cadre réglementaire particulièrement favorable à leur essor, et plus particulièrement à l'accroissement vertigineux des volumes de capitaux qu'elles s'échangent principalement sur des marchés de gré à gré, dans des conditions toujours plus opaques et incontrôlables par les régulateurs. Le système des bonus incitait les traders à prendre des risques à court terme, tandis que le recours systématique aux stock-options encourageait les dirigeants des banques à fermer les yeux devant les agissements de leurs golden boys.

La politique accommodante de la Réserve fédérale

De la résolution des krachs boursiers de 1987 et de 2001 au financement des « déséquilibres gl [...]

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Écrit par :

  • : maître de conférences à l'université de Paris-Dauphine
  • : professeur de finance à l'European business school, responsable du pôle de recherche en finance de l'Institut de recherche de l'European business school (I.R.E.B.S.)

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Pour citer l’article

Paul LAGNEAU-YMONET, Angelo RIVA, « BANQUE - La crise des subprimes et le système bancaire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/banque-la-crise-des-subprimes-et-le-systeme-bancaire/