BALLET

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La naissance du ballet moderne

Ainsi, la danse académique se ramifie en plusieurs branches maîtresses, française, russe, anglaise, danoise et américaine depuis l'implantation de Balanchine à New York, mais l'histoire du ballet au xxe siècle ne se limite pas à l'épanouissement de la tradition. L'aube du siècle est marquée par une contestation violente de l'académisme et la naissance d'une danse nouvelle qui suscite très rapidement et en des lieux différents une intense prolifération de formes. Les deux foyers principaux sont, à l'origine, les États-Unis et l'Allemagne, mais les échanges entre divers mouvements sont si fréquents et complexes qu'ils rendent délicate une description qui voudrait faire coïncider frontière politique et frontière chorégraphique.

Isadora Duncan

Nul ne conteste que la nouvelle danse ait fait ses premiers pas aux États-Unis, pieds nus. L'influence académique y est faible en 1900 et un Français, François Delsarte, a préparé la révolution esthétique en dressant un répertoire de gestes en relation avec l'émotion. Alors survient Isadora Duncan. Le ballet classique lui semble inhumain. En révolte contre un puritanisme où elle puise aussi son énergie, elle aspire à une expression de soi. Au bas-relief grec elle emprunte le port dionysiaque de la tête et veut que son mouvement initial en engendre une série d'autres sans que la volonté intervienne. Sur la musique de Tannhäuser à Bayreuth, sur celle de Chopin, de Gluck ou sur les accents de la Marseillaise, elle danse en tunique, pieds et jambes nus. Elle admire Konstantin Stanislavski, fascine Mikhaïl Fokine et porte le culte de la danse jusqu'à la mystique. Contesté, admiré, son art aura une influence considérable non seulement sur les danseurs mais sur une génération de femmes qui verront en Isadora l'incarnation vivante du nouvel idéal féministe. Elle meurt tragiquement en 1927.

Isadora Duncan

Photographie : Isadora Duncan

Isadora Duncan (1878-1927), danseuse américaine d'origine irlandaise, ici en 1900. Photographe : Edward Muybridge. 

Crédits : Eadweard Muybridge/ Hulton Archive/ Getty Images

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Une autre artiste, la Loïe Fuller (1862-1928), contribue à cette rupture avec l'académisme. Ses évolutions de papillon attirent Whistler et Mallarmé. Il faut situer ces tentatives chorégraphiques dans le grand bouleversement des mœurs qui caractérise le passage du xixe siècle au milieu du xxe siècle. On jette alors un regard nouveau sur le corps. La mode des bains de mer s'étend. Les femmes montent à bicyclette. Freud analyse les rêves...

Loïe Fuller

Photographie : Loïe Fuller

Loïe Fuller (1862 -1928), danseuse américaine de music-hall, ici en 1886. 

Crédits : Henri Manuel/ Getty Images

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L'expressionnisme allemand

C'est dans ce climat qu'un Suisse, Émile Jaques-Dalcroze, avec la rythmique, en 1903, veut libérer le corps instrument direct du sentiment. Son rêve de l'homme intégral s'incarne en un art populaire où le ballet retrouve la forme du cortège. Son influence touche Mary Wigman, Rudolf von Laban, Kurt Jooss, Harald Kreutzberg et, à travers Mary Rambert, il franchira d'autres frontières et atteindra les États-Unis, avec Hanya Holm. « Beauté, je veux te changer ! » dit le peintre allemand George Grosz. La danse allemande se lie avec le dadaïsme et l'expressionnisme. Elle estime irréconciliable une société qui va vers sa perte. Hantée par le thème de la faute et du crime, elle se veut traduction de névrose et défi agressif. À Munich, Rudolph von Laban étudie le geste quotidien. Il théorise sur l'espace, l'énergie, le temps, et invente une écriture : la « labannotation ». Après Le Titan en 1927, ses compositions abstraites et ses Rythmes naissants aboutissent aux Ballets des jeux Olympiques en 1936. Le régime nazi le rejette. Il part pour l'Angleterre.

Élève de Jaques-Dalcroze, puis de Laban, Mary Wigman est la plus importante chorégraphe de cette époque. Elle commence par participer avec Tristan Tzara aux activités du cabaret Voltaire à Zurich, puis l'influence de Nolde la conduit vers une expression tragique du sentiment. Guerre et révolte sont les thèmes de sa Danse de la sorcière en 1914. Elle recherche une commande instinctive du mouvement et réduit l'orchestre aux percussions. En 1920, à Dresde, sa compagnie donne La Fête, puis Le Monument aux morts en 1930. Son enseignement atteint New York à travers Hanya Holm. Sa Danse macabre pour les jeux Olympiques provoque la protestation des nazis et entraîne la fermeture de son école, mais elle ne quitte pas l'Allemagne et s'oriente après la guerre ve [...]

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Pour citer l’article

Bernadette BONIS, Pierre LARTIGUE, « BALLET », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ballet/