SOCIALISTES ART DANS LES PAYS

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L'étude des arts plastiques : peinture, sculpture, architecture, dans les pays socialistes ne peut être abordée avec les critères habituels de l'histoire de l'art, puisque, à chaque moment du développement esthétique, il faut confronter les réalisations au contexte politique et aux prises de position idéologiques des dirigeants comme des artistes, que ce soit en U.R.S.S., en Chine ou à Cuba. On a étudié l'art dans les pays socialistes jusqu'en 1979. Le recours à la théorie marxiste, en matière d'esthétique, peut s'effectuer de deux manières : comme méthode sociologique critique au travers de laquelle on juge et on analyse l'éclosion et la nature des œuvres réalisées ; ou comme doctrine normative qui dicte aux artistes les critères de production. On constate que l'apparition des prescriptions dogmatiques correspond à un durcissement des options politiques et que la doctrine du réalisme socialiste transforme en critère impératif les constatations sociologiques du marxisme sur les conditions de création et de perception artistiques. Le maintien du dynamisme dans le processus politique d'un État révolutionnaire semble rester la seule garantie pour la plus grande liberté en matière de création plastique.

Le théâtre occupe, dans la culture des pays socialistes d'Europe, une place éminente et privilégiée. Bien que leurs traditions nationales en ce domaine ne remontent dans la plupart des cas qu'au xixe siècle, l'insistance a été mise partout sur l'implantation de structures théâtrales solides, sur le développement de l'enseignement dramatique, sur l'exploitation systématique des patrimoines locaux (fussent-ils folkloriques) et la diffusion du répertoire classique mondial. D'un pays à l'autre, il va de soi que les disparités sont considérables et les problèmes posés différents, mais l'effort consenti dans chacun d'eux est d'une importance similaire et obéit à un souci idéologique du même ordre : c'est que le théâtre, art social par excellence, a paru susceptible de se prêter à une planification rigoureuse et plus facile à mettre en œuvre que dans les autres secteurs de la création. Point culminant de l'activité culturelle, il offre à un public nombreux la possibilité de se distraire, mais surtout de s'éduquer, de réfléchir, de stimuler son action. Appelé à jouer un rôle positif dans la construction du monde nouveau, il reçoit par conséquent de vastes moyens pour étendre son audience et élargir le champ de ses recherches. Le théâtre appartient en effet exclusivement à la société qui le produit et pour laquelle il s'exerce : il n'y a pas de place, en pays socialiste, pour un secteur théâtral privé qui obéisse à des lois de marché ou qui permette aux créateurs de libérer leur individualité sans considération de l'intérêt général. Tout l'appareil de production est entre les mains de la collectivité, ce qui ne va pas toujours sans poser des problèmes à une époque où la circulation des images et des idées connaît une telle ampleur à travers le monde et où la sensibilité collective évolue si vite qu'il est difficile de déchiffrer les voies de la modernité.

« De tous les arts, le plus important » : cette définition de Lénine concernant le cinéma a fait fortune. Elle s'est traduite, dès la prise de pouvoir, dans les divers régimes socialistes, par la nationalisation de l'industrie cinématographique, au triple niveau de la production, de la distribution et de l'exploitation. Les cinémas socialistes d'Europe se sont trouvés longtemps étroitement dépendants des fortunes du cinéma de l'Union soviétique. Les vicissitudes de la politique ont inévitablement rejailli sur la création, sur le choix des sujets et des techniques. On étudiera ici principalement les deux cinématographies qui, après 1956 et le rapport Khrouchtchev, ont su imprimer un ton original à leur production, celles de Hongrie et de Tchécoslovaquie. Des pays socialistes non européens, il conviendrait de mentionner Cuba, plus important pour le rôle d'agent de liaison qu'il joue entre les jeunes cinématographies d'Amérique latine que pour ses vertus propres : le modèle reste strictement européen, conservateur, comme dans le très esthétisant Lucia (1969). La Chine, longtemps absente de l'échiquier cinématographique international pendant la révolution culturelle, a entr [...]

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Trois Figures féminines, K. Malévitch

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La Construction des nouveaux ateliers, A. Deïneka

La Construction des nouveaux ateliers, A. Deïneka
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Festivités du 1er mai: Lénine à la tribune, I. Brodsky

Festivités du 1er mai: Lénine à la tribune, I. Brodsky
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Lénine dans l'Institut Smolny, I. Brodsky

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Écrit par :

  • : agrégé des lettres classiques et docteur ès lettres, ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-X-Nanterre
  • : critique de cinéma au journal Le Monde
  • : professeur titulaire de musicologie

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Pour citer l’article

Robert ABIRACHED, Louis MARCORELLES, Jean-Jacques NATTIEZ, « SOCIALISTES ART DANS LES PAYS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/art-dans-les-pays-socialistes/