ARNAUD DE BRESCIA (1090 env.-1155)

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« Arnaud, originaire de Brescia » : par Otton de Freisingen (Chronica sive historia de duabus civitatibus, et Gesta Friderici imperatoris) et par Gunther, ses contemporains (à une cinquantaine d'années près pour le second), on n'en saura pas plus quant à sa date de naissance. On s'accorde à la situer à la fin du xie siècle. Il est certain qu'Arnaud quitta tôt l'Italie pour se rendre en France, où il suivit l'enseignement d'Abélard, avant même que ce dernier ne se réfugiât à l'abbaye de Saint-Denis (en 1118). Dans son Historia calamitatum, Abélard ne dit pourtant mot d'une amitié que saint Bernard atteste : « Il [Arnaud] s'est attaché à Pierre Abélard en exécration à Pierre l'apôtre » [ép. 195] et qui fit du disciple un compagnon (au concile de Soissons en 1121, et surtout au concile de Sens en 1140). Disciple d'Abélard, Arnaud le fut quant au libre examen appliqué non aux dogmes — il semble avoir été peu féru de scolastique — mais aux mœurs, s'engageant dès lors sur le chemin de la réforme jusqu'à s'en prendre au pouvoir temporel de la papauté. Sur ce chemin, au xiie siècle, il n'était certes pas le seul et la mise en avant de la vertu de pauvreté convenait à nombre d'hérésiarques, des pétrobrusiens et henriciens (disciples de Pierre de Bruys, prêtre de Toulouse au dire de Pierre le Vénérable) aux cathares et albigeois, soit, en un sens très large, au manichéisme. Concordance dont la Réforme fera à partir du xvie siècle (de Luther à Calvin) une lecture rigide. On peut tenir que, zélateur de l'Évangile, Arnaud de Brescia fut plus proche des apostoliques que du manichéisme. S'il est vraisemblable qu'il fut de retour en Italie vers 1130, probable qu'il se trouvait à Brescia en 1136, il est avéré qu'il était précédé d'une réputation d'austérité et d'éloquence que saint Bernard caractérise ainsi : « Je parle d'Arnaud de Brescia, lequel plût à Dieu qu'il eût une doctrine aussi saine que sa vie est austère. Et, si vous voulez le savoir, c'est un homme qui ne mange ni ne boit [...], ses dents sont des armes et des flèches, et sa langue est un glaive aigu. Ses paroles sont plus douces que l'huile et en réalité ce sont des dards. Et ainsi il sait attirer à lui par de mielleux discours et par le semblant des vertus les riches et les puissants... » Homme d'évangile, mais qui tenait aussi que cela ne suffit pas pour gouverner une république, dont il puisait d'ailleurs la conception dans Tite-Live — la réforme des mœurs et la réforme politique étant la voie d'une république chrétienne à la romaine. Au IIe concile du Latran, convoqué par Innocent II en 1139 (Anaclet II, le « schismatique » était mort en janvier 1138), le procès d'Arnaud est conduit par l'évêque de Brescia, Manfred. Sans avoir été clairement condamné, Arnaud est réduit au silence et à l'exil. Il se réfugie en Suisse, à Zurich (Turregum), dont il s'éloignera un temps pour soutenir Abélard au concile de Sens, avant d'y revenir pressé par les circonstances. On connaît en effet la sentence datée du Latran (17 août) et adressée aux archevêques de Sens et de Reims : « Par le présent écrit, nous mandons à votre fraternité de faire enfermer séparément dans des clôtures, où bon vous semblera, Pierre Abélard et Arnaud de Brescia [...] et de détruire par le feu les livres de leur erreur, partout où on les trouvera. » Il semble qu'Arnaud se le tint pour dit. Cependant, un sénat était rétabli au Capitole en 1144 et « vers les commencements du pontificat d'Eugène III » (1146), Arnaud entrait dans Rome. Son sort allait se jouer entre l'Empire (Conrad III de Hohenstaufen, mort en 1152 ; Frédéric Ier Barberousse, mort en 1190), la papauté (Eugène III, mort en 1153, la même année que saint Bernard ; Anastase IV, mort en 1154 ; Adrien IV, mort en 1159) et la versatilité du peuple romain. Voulant affermir la République, avec l'aide « d'une troupe de campagnards » (deux mille environ), il s'installe et légifère. Il porte le nombre des sénateurs à cent en 1151, institue un patrice à la place du préfet de la Ville, instaure le tribunat, rêve d'ordre équestre... et requiert du pape qu'il ne se mêle pas des affaires temporelles de la République romaine. Quant à l'empereur, son acceptation des réformes devenait la condition sine qua non de l'allégeance du peuple de Rome vis-à-vis de lui. Mais, le 16 octobre 1152, Eugène III et Bar [...]

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Pour citer l’article

Gilbert GIANNONI, « ARNAUD DE BRESCIA (1090 env.-1155) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/arnaud-de-brescia/