INDO-PAKISTANAISE ARCHÉOLOGIE

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La civilisation de l'Indus (2400-1800 av. J.-C.)

L'apparition d'une grande civilisation urbaine dans la vallée de l'Indus, vers 2500-2400 avant J.-C., a longtemps été considérée comme un phénomène soudain et mystérieux. Cependant, un ensemble de découvertes permet de suivre, de 7000 à 2500 avant J.-C., une suite de transformations et d'innovations dont les effets cumulatifs, stimulés par l'élargissement du réseau des échanges à partir de 3000 avant J.-C., créent les conditions favorables au développement d'une civilisation urbaine. Cette civilisation, dont la prospérité repose en grande partie sur l'exploitation de plus en plus systématique des riches limons de l'Indus, se répand sur un immense territoire englobant toute la vallée de l'Indus et une partie du Gujarat indien. Il faut ajouter à la vaste zone de distribution de la civilisation de l'Indus quelques « colonies » harappéennes comme Suktagen Dor, sur les bords de la mer d'Oman, à la frontière irano-pakistanaise, et Shortugaï, près de l'Amou Darya, à la frontière afghano-tadjik, à près de mille deux cents kilomètres de Mohenjo-daro.

Un des traits les plus frappants de la civilisation de l'Indus est l'uniformité de sa culture matérielle. La production artisanale de sites souvent éloignés les uns des autres par plusieurs centaines de kilomètres obéit à des critères techniques et stylistiques qui laissent peu de place à des variantes régionales. On a voulu parfois mettre en relation cette uniformité d'un artisanat souvent de très haut niveau sur le plan des procédés techniques, avec une conception autoritaire et centralisatrice de la civilisation de l'Indus. Il faut cependant rester prudent car la large diffusion de styles et de techniques similaires sur un vaste territoire n'a pas forcément une signification politique précise. Ainsi, vers 4000 avant J.-C., la céramique à décor de capridés, d'oiseaux et de motifs géométriques du style dit de Togau-A et de Kili Gul Mohammad est présente sur de très nombreux sites du Baluchistan, à la bordure de la vallée de l'Indus ainsi d'ailleurs qu'à Mundigak (période I), près de Qandahar en Afghanistan, sans que l'on puisse supposer l'existence d'une organisation politique autoritaire. Il est aussi probable qu'un examen plus minutieux des différents sites de la civilisation de l'Indus ferait apparaître des éléments de diversité plus importants qu'on ne l'imagine souvent. Ainsi, par exemple, les pratiques funéraires de Kalibangan ne sont pas les mêmes que celles de Harappa et, d'autre part, Mohenjo-daro a livré des milliers de figurines humaines en terre cuite, alors que Kalibangan et Lothal en sont pratiquement dépourvues.

Il faut aussi tenir compte du fait que les grandes villes de la civilisation de l'Indus ont été fouillées dans la première moitié du xxe siècle, sous la direction de sir John Marshall et de ses collaborateurs, à une époque où les techniques stratigraphiques étaient encore rudimentaires. Ces fouilles ont néanmoins permis le dégagement rapide de nombreux hectares de ruines en brique cuite et d'un abondant matériel archéologique dont le contexte reste souvent très incertain. En outre, plusieurs mètres de dépôts archéologiques, correspondant aux phases anciennes de la ville de Mohenjo-daro, se trouvent aujourd'hui sous la nappe phréatique et n'ont jamais pu être fouillés. L'étude de ces niveaux anciens de Mohenjo-daro permettrait sans doute de mieux comprendre la relation de cette ville avec les agglomérations « chalcolithiques » antérieures.

Mohenjo-daro et Harappa, qui ont dû compter plusieurs dizaines de milliers d'habitants, sont divisés en deux parties : une ville haute, souvent appelée « citadelle », et une ville basse. À Mohenjo-daro, dont les ruines sont mieux conservées, plusieurs monuments ont été dégagés dans la « citadelle », dont le plus célèbre est le « grand bain », sorte de vaste piscine rectangulaire, entourée de galeries soutenues par des piles carrées. Deux escaliers symétriques donnent accès à ce bassin dont l'étanchéité était assurée par des joints de bitume entre les briques. L'alimentation en eau se faisait grâce à un puits voisin et l'évacuation était assurée par une canalisation voûtée en encorbellement assez haute pour permettre le passage d'un homme.

Dans la ville basse de Mohenjo-daro, rues et ruelles orientées nord-sud et est-ouest délimitent des blocs d'habitations réguliers, rectangulaires. Si l'on met parfois l'accent de façon exagérée sur l'urbanisme de la ville en voulant y voir une préfiguration des métropoles modernes, il n'en reste pas moins que Mohenjo-daro est tout à fait exceptionnel par la planification de ses architectures publiques et privées. Un vaste programme de recherche mené par une équipe d'architectes de l'université d'Aix-la-Chapelle a repris l'étude architecturale de ce site immense avec ses quartiers d'habitation et ses vastes zones d'activités artisanales. Ces recherches permettent déjà de mieux comprendre les plans des différents quartiers et leur chronologie interne.

Les maisons des zones résidentielles, dont la superficie varie entre 50 et 120 mètres carrés, avaient généralement un étage auquel on accédait par un escalier intérieur. Parfois elles possédaient dans leur cour un puits privé construit en briques trapézoïdales. Dans les autres cas, des puits publics assuraient l'approvisionnement en eau. Les maisons étaient équipées d'une pièce dallée, servant de salle de bains, dont les eaux usagées étaient évacuées par une rigole en plan incliné qui conduisait au caniveau desservant la rue ; celui-ci, à son tour, rejoignait un égout collecteur sur un axe plus important. À intervalles plus ou moins réguliers, des fosses de décantation plus profondes coupaient le cours des égouts afin de retenir les détritus qui risquaient d'obstruer l'écoulement.

À l'inverse des autres villes de l'Orient ancien dont le développement est resté désordonné, les différents quartiers de Mohenjo-daro ont été reconstruits plusieurs fois selon des règles strictes de planification, entraînant chaque fois le réaménagement en bloc du système urbain d'égouts, de canalisations et de puits. La coordination de tels travaux suppose l'existence d'une autorité publique, et le fonctionnement d'un système sanitaire aussi développé implique la présence d'une classe de vidangeurs.

Aucun des bâtiments de Mohenjo-daro ou de Harappa ne peut être interprété comme un palais ou comme un temple. Aucune des tombes fouillées ne se distingue des autres par son mobilier funéraire. Aucune sculpture, aucun bas-relief ne portent le témoignage de la puissance d'éventuels rois ou prêtres. Les œuvres en ronde bosse sont d'ailleurs très rares. La représentation dominante est celle d'un personnage barbu en position accroupie ; la pièce la plus originale est un fragment en stéatite blanche de Mohenjo-daro : le buste d'un personnage barbu, coiffé d'un bandeau, et portant un vêtement décoré de mo [...]

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-4000 à -2000. Naissance de l'écriture

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Vase en cuivre, art indo-pakistanais

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Tombe néolithique à Mehrgarh (Pakistan)

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Écureuil en faïence, provenant de Harappa

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Jean-François JARRIGE, « INDO-PAKISTANAISE ARCHÉOLOGIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/archeologie-indo-pakistanaise/