INDO-PAKISTANAISE ARCHÉOLOGIE

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Les premiers établissements néolithiques au Baluchistan et dans la vallée de l'Indus (VIIe-VIe millénaire)

Malgré son aridité et la désolation grandiose de son paysage, le Baluchistan, qui forme la partie orientale du grand plateau iranien, possède de nombreuses petites vallées alluviales, parcourues par des cours d'eau semi-permanents. Ces vallées, facilement défrichables et irrigables, offrent un milieu propice à l'implantation de communautés pratiquant une économie agricole simple. Il en est de même des fertiles cônes alluviaux qui, comme la plaine de Kachi ou celle de la Gomal, viennent se fondre dans la plaine de l'Indus. Ce milieu géographique, comme celui des flancs du Zagros en Iraq et en Iran, présente des conditions favorables pour la domestication d'animaux et la culture de graminées sauvages. Pourtant, jusqu'à ces dernières années, les recherches faites au Baluchistan ou en bordure de l'Indus n'avaient jamais révélé l'existence de villages à économie agricole d'une antiquité comparable à celle des premiers établissements néolithiques du Proche-Orient. Une fouille d'importance limitée à Kili Gul Mohammad, près de Quetta, dans les années 1950, avait permis de découvrir des niveaux néolithiques précéramiques, datés par le carbone 14 des environs de 3300 avant J.-C. Ces niveaux néolithiques paraissaient donc constituer l'horizon culturel le plus ancien de ces régions qui, par la suite, virent, autour de 3000 avant J.-C., se multiplier des petits villages « chalcolithiques » dont les styles céramiques variés semblaient dériver de ceux des sites du plateau iranien ou de l'Asie centrale méridionale. Le Baluchistan et la vallée de l'Indus apparaissaient donc avoir été affectés avec un retard de souvent plusieurs millénaires par les contrecoups des phénomènes culturels de l'Asie occidentale et de l'Asie centrale.

Depuis les années 1970, les travaux de la mission française à Mehrgarh remettent en cause ces conceptions. Mehrgarh, fouillé depuis 1974, occupe une position géographique importante à la sortie du col de la Bolan qui relie la vallée de l'Indus à l'Asie centrale et à l'Iran oriental. La zone archéologique de Mehrgarh couvre environ 200 hectares et est constituée par l'accumulation de vestiges laissés par des établissements qui se sont succédé au cours des millénaires. Les plus anciens de ces établissements, qui appartiennent à des phases néolithiques précéramiques (ou acéramiques), se trouvent dans la partie nord de cette zone archéologique où ils se superposent pour former une longue séquence de dépôts d'occupation, sur plusieurs hectares. Il est encore difficile de dater avec précision les débuts de l'occupation de ce site ; les dates radiocarbones sont très variables et souvent difficilement utilisables tant leurs divergences sont grandes. Toutefois, les niveaux néolithiques précéramiques sont en partie recouverts par les restes d'occupations associés à une céramique grossière que l'on date, sur la foi de comparaisons avec d'autres sites et en tenant aussi compte de dates radiocarbones, des alentours de 5500 avant J.-C. On peut donc proposer des dates entre 7000 et 5500 avant J.-C. pour les différentes phases d'occupation précéramique de Mehrgarh, qui représentent une accumulation d'au moins huit mètres de dépôts. La séquence d'évolution de l'assemblage culturel de cette première période néolithique présente par ailleurs de nombreux points de comparaison avec ce que l'on connaît des sites précéramiques du Proche-Orient datés des environs de 7000 avant J.-C.

Dès les niveaux les plus profonds apparaissent des maisons à pièces multiples, de plan rectangulaire, construites en brique crue. L'étude de la faune montre que la chasse fournit encore l'essentiel des besoins en viande dans la première période d'occupation ; on note cependant la présence d'animaux domestiqués, en particulier de chèvres. Dans les phases suivantes, la proportion d'animaux sauvages décroît de façon très nette et, à la fin des phases précéramiques, la faune est presque exclusivement constituée par des espèces domestiques, avec une proportion de plus en plus forte de bovins (zébus et buffles). Les premiers occupants du site ont également cultivé des céréales. Les couches les plus profondes ont fourni des restes d'orge sauvage mais aussi d'orge cultivé. En effet, plus de cinq mille empreintes de végétaux, dans l'argile, et quelques graines brûlées ont pu être identifiées et étudiées en détail par le paléo [...]

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-4000 à -2000. Naissance de l'écriture

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Vase en cuivre, art indo-pakistanais

Vase en cuivre, art indo-pakistanais
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Tombe néolithique à Mehrgarh (Pakistan)

Tombe néolithique à Mehrgarh (Pakistan)
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Écureuil en faïence, provenant de Harappa

Écureuil en faïence, provenant de Harappa
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Pour citer l’article

Jean-François JARRIGE, « INDO-PAKISTANAISE ARCHÉOLOGIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/archeologie-indo-pakistanaise/