INDO-PAKISTANAISE ARCHÉOLOGIE

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Le IIe millénaire dans le système de l'Indus et les régions adjacentes

Les fouilles de Pirak fournissent pour la première fois une documentation solide sur la vie d'une grosse bourgade entre 1700 et 700 avant J.-C., à la bordure occidentale de la vallée de l'Indus. Cette ville, située comme Mehrgarh au pied du col de Bolan, l'un des grands axes de communication avec l'Asie centrale, a donc été contemporaine, à un moment ou un autre de son occupation, de l'important phénomène qu'est, pour l'histoire du subcontinent, la diffusion des langues indo-européennes et de la religion védique. La culture de Pirak est un mélange de traditions régionales antérieures (cultures de Quetta et de l'Indus, complexe de Sibri et de la nécropole sud de Mehrgarh) et d'éléments nouveaux. Les importants changements dans le domaine de la vie matérielle s'accompagnent de profondes transformations sur le plan culturel. Ainsi, les figurines féminines et les statuettes de taureaux en terre cuite, liées depuis le Néolithique à un symbolisme de fécondité, deviennent rares et sont remplacées par des représentations de chameaux, de chevaux, de cavaliers à tête d'oiseau. Un prestige particulier s'attache sans doute à ces nouveaux animaux dont la présence modifie les possibilités de déplacement, de transport et d'expéditions en tout genre. Rappelons que le rôle du cheval dans les activités de pillage est un thème souvent traité par la littérature védique dont les textes les plus anciens ont été sans doute composés dès le IIe millénaire. En dépit des bouleversements importants qui marquent cette période, la culture de Pirak fait preuve d'une grande continuité ; même l'apparition du fer vers 1200-1100 avant J.-C., accompagnée d'une nouvelle céramique grise tournée, ne semble pas modifier très profondément le mode de vie des habitants du site.

Au nord de la plaine de l'Indus, dans les vallées himalayennes du Swat, le cheval et la culture du riz apparaissent aussi au début du IIe millénaire. Cette région était occupée, au IIIe millénaire, par des villages à habitats en fosses, associés à une culture néolithique tardive apparentée à celle du Cachemire, notamment à Burzahom. À cette période des contacts sont établis avec les plaines, comme le prouve la présence de quelques tessons de facture harappéenne. Par la suite, les relations avec les frontières septentrionales du subcontinent expliquent partiellement le caractère très original de ces cultures du Swat et de leurs riches cimetières, qui s'échelonnent sur tout le IIe millénaire jusqu'à l'apparition du fer.

Dans le Sind même, à cette époque, la culture de Jhukar ne nous est guère connue que par la céramique, qui dérive de celle de la période harappéenne. Cette poterie et quelques sceaux circulaires trouvés dans les niveaux supérieurs de Chanhu-daro constituent une maigre source d'information. À Harappa, la présence, à côté de la nécropole de l'époque de la civilisation de l'Indus, d'un cimetière appelé « cimetière H » a été l'objet de nombreuses spéculations. Ce cimetière comprend deux niveaux : le plus profond est constitué par des tombes riches en poteries, le second correspond à des inhumations en jarres. La poterie de ce cimetière H est très originale : elle porte des décors de taureaux, de personnages à la chevelure rayonnante et de paons. Par sa technique, elle se rattache à la céramique harappéenne. Quant aux motifs décoratifs, ils sont un curieux mélange des styles pré-harappéens, harappéens classiques et de traits nouveaux. Une exploration dans l'ancien État de Bahawalpur, le long de la Hakra, un ancien affluent oriental de l'Indus, a permis la découverte de nombreux sites pré-harappéens ou harappéens anciens (culture de Kot Diji), harappéens classiques et harappéens tardifs en liaison avec la poterie du cimetière H. Dans ce contexte, la poterie du cimetière H, présente sur 72 tépés, dont certains de taille respectable, est manifestement dérivée de celle des sites harappéens classiques dont 166 ont été répertoriés dans cette même région. Seules des fouilles permettront de comprendre le passage entre ces deux phases culturelles qui semblent étroitement reliées. La taille de certains sites à poterie du type « cimetière H », couvrant plusieurs hectares, est une preuve de plus que le début du IIe millénaire est une période de transformation et non pas de rupture et de retour au semi-nomadisme, comme on le supposait auparavant.

À l'est du système de l'Indus, dans le nord-ouest du Rajasthan, le long de la [...]

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-4000 à -2000. Naissance de l'écriture

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Vase en cuivre, art indo-pakistanais

Vase en cuivre, art indo-pakistanais
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Tombe néolithique à Mehrgarh (Pakistan)

Tombe néolithique à Mehrgarh (Pakistan)
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Écureuil en faïence, provenant de Harappa

Écureuil en faïence, provenant de Harappa
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Jean-François JARRIGE, « INDO-PAKISTANAISE ARCHÉOLOGIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/archeologie-indo-pakistanaise/