AQUACULTURE

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Les principales filières aquacoles

Il existe en aquaculture de nombreuses formes d'élevage, qui se ramènent fondamentalement à trois grands types d'intervention humaine :

– une intervention sur le milieu d'élevage, qui peut se traduire par le confinement d'une surface (construction d'enclos, de bassins, fermeture de lagune, etc.), la fertilisation de zones permettant d'accroître la productivité naturelle, la gestion de l'eau (circulation et taux de renouvellement, aération forcée, mélange d'eaux de salinité différente, etc.) ;

– une intervention sur l'alimentation des organismes élevés (apports de nourriture naturelle, vivante ou inerte, d'aliments manufacturés, etc.) ;

– une intervention sur les cheptels en élevage avec l'introduction de juvéniles, l'éradication d'espèces indésirables ou compétitrices, la lutte contre les parasites, les pêches périodiques ou totales.

Diverses méthodes d'élevage combinant ces trois types d'intervention sont mises en œuvre. Le choix dépend du groupe zoologique produit. Compte tenu des différences importantes dans la biologie des organismes élevés, une analyse par grands groupes zoologiques – poissons, mollusques et crustacés – s'impose, les algues étant traitées après.

L'élevage des poissons

Selon un modèle classique en élevage animal, deux phases peuvent être distinguées : l'obtention des alevins et le grossissement jusqu'à une taille marchande.

L'obtention des alevins

Quelle que soit l'espèce considérée, le premier problème est de disposer, en nombre suffisant, de juvéniles destinés à être mis en élevage. Chez les poissons, trois techniques différentes sont utilisées : la collecte d'alevins dans le milieu naturel, la production d'alevins en milieu semi-contrôlé, enfin l'obtention d'alevins en milieu totalement contrôlé.

La collecte d'alevins dans le milieu naturel est à l'origine des premiers élevages de poissons, en eau douce puis en eau de mer. Le succès de cette collecte repose sur le savoir-faire des pêcheurs. Ces derniers utilisent des filets à maille très fine, adaptée à la taille des alevins de l'espèce recherchée, et opèrent dans des lieux et à une période favorables. Les alevins capturés, lorsqu'ils sont assez grands pour le supporter, font ensuite l'objet d'un tri ; dans le cas d'alevins de petite taille, très fragiles, ce tri n'est pas possible et il faut connaître précisément la période d'apparition des alevins de l'espèce recherchée. Le transport et la mise à l'eau dans les enceintes d'élevage sont des opérations d'autant plus délicates que les alevins ont déjà été stressés lors de la capture. Les chocs thermiques et osmotiques doivent être soigneusement évités. Cette technique très artisanale est encore utilisée dans de nombreuses régions du monde. Les alevins de poissons d'eau douce comme les cyprinidés (carpes, barbeaux) sont relativement robustes, alors que ceux des poissons marins, comme le bar, la daurade ou le mulet, de plus petite taille, sont plus fragiles.

La production d'alevins en milieu semi-contrôlé est la technique la plus utilisée pour la production d'alevins en eau douce. Les géniteurs, maintenus en captivité dans les écloseries, parviennent, naturellement ou avec utilisation d'hormones, à maturité sexuelle. Ils sont placés en bassins de ponte. Les œufs flottants sont recueillis dans un collecteur et transférés dans des incubateurs où une aération permanente et un renouvellement d'eau réduit sont maintenus. Après l'éclosion, les larves sont transférées dans des bassins extérieurs dans lesquels elles trouveront le plancton nécessaire pour se nourrir et se développer jusqu'à la métamorphose. Les alevins ainsi obtenus peuvent alors être introduits dans les bassins de grossissement. Cette technique donne des alevins bien adaptés à l'élevage semi-intensif, mais dépend des conditions climatiques extérieures.

La production d'alevins en milieu totalement contrôlé est aujourd'hui la plus répandue, aussi bien pour les poissons d'eau douce que pour les poissons marins. Outre le contrôle sur les géniteurs avec utilisation assez systématique d'injections hormonales (généralement de la gonadotropine chorionique humaine) et sur la production des œufs, l'ensemble de l'élevage larvaire jusqu'à la métamorphose complète se déroule en écloserie. Cette technique est particulièrement adaptée au cas des salmonidés, dont les gros œufs fournissent aux alevins des réserves vitellines importantes dont ils se nourrissent pendant les premiers jours après l'éclosion. Il n'en va pas de même pour les poissons marins, dont les œufs de beaucoup plus petite taille (plusieurs dizaines de fois plus petits en diamètre, soit plusieurs centaines de fois en volume) ne contiennent pratiquement pas de réserves. Lorsque ces petits alevins commencent à s'alimenter, il faut leur apporter une nourriture animale fraîche, de taille adaptée à celle de leur bouche. Les nauplius (premier stade larvaire) d'Artemia salina (branchiopodes) et les rotifères du genre Brachionus fournissent des gammes de taille appropriées. En contrepartie, il faut pour nourrir ces élevages produire des quantités suffisantes d'algues unicellulaires (chlorophycées et chrysophycées) indispensables pour obtenir des proies vivantes de qualité nutritionnelle satisfaisante. Outre les problèmes d'alimentation, l'élevage des minuscules larves de poissons marins rencontre d'autres phases délicates, parmi lesquelles le gonflement initial de la vessie natatoire, qui se fait par absorption d'air en surface (il faut donc maintenir une interface parfaitement propre, et éviter en particulier la formation de films gras qui, par capillarité, empêchent les larves de venir absorber de l'air en surface) et la métamorphose chez les poissons plats comme la sole et le turbot. L'élevage doit être poursuivi en écloserie jusqu'à une taille suffisante pour le transfert dans les bassins ou les cages de grossissement : c'est le prégrossissement, durant lequel le poids individuel passe d'1 gramme environ à 20 ou 30 grammes. Cette phase s'effectue dans des bassins d'une surface de 10 à 100 mètres carrés, souvent en écloserie, parfois à l'extérieur, avec un fort renouvellement d'eau et des charges initiales d'alevins de quelques kilogrammes par mètre cube.

Le grossissement

Selon la densité et la charge des animaux en élevage, plusieurs techniques peuvent être distinguées.

La plus simple consiste à relâcher des alevins dans de vastes plans d'eau et à attendre pour les pêcher qu'ils aient atteint une taille suffisante, sans aucune autre intervention. Cette technique est à l'origine historique de l'aquaculture. Elle ne se limite pas aux eaux continentales : depuis les années 1960, à l'initiative du Japon, de nombreux pays ont développé des activités dites de pacage marin (sea-ranching) ou d'augmentation des populations naturelles (stock enhancement), consistant à lâcher des alevins en quantité suffisante pour qu'ils aient un impact sur les populations sauvages. Dans le cas des poissons [...]

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Aquaculture : étapes du cycle de développement de "Porphyra tenera"

Aquaculture : étapes du cycle de développement de "Porphyra tenera"
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Ferme d’algues, province de Fujian (Chine)

Ferme d’algues, province de Fujian (Chine)
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Aquaculture : exploitation des filets

Aquaculture : exploitation des filets
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Morphologie de "Laminaria japonica"

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de la Méditerranée, Marseille

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Pour citer l’article

Lucien LAUBIER, « AQUACULTURE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/aquaculture/