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ANTIQUITÉ L'Antiquité tardive

Formes et goûts nouveaux

Jeunes filles s'exerçant aux jeux, dites <it>Jeunes Filles en bikini</it> - crédits :  Bridgeman Images

Jeunes filles s'exerçant aux jeux, dites Jeunes Filles en bikini

L'architecture reste directement tributaire de l' Antiquité, mais des villes et des quartiers nouveaux naissent ou se développent, notamment là où réside l'empereur. Parmi les palais du ive siècle, seul celui de Trèves (avec peut-être celui de Thessalonique dont l'identification reste incertaine) a laissé des vestiges significatifs, et notamment la « basilique » à nef unique se terminant par une abside, construite en brique, qui serait la salle d'audience. La «  villa » de Dioclétien à Split présente un plan régulier dans une enceinte quadrangulaire avec, face à la mer, une série de grandes salles et l'appartement impérial, vers l'intérieur un bâtiment octogonal, qui serait le mausolée de l'empereur, et plusieurs temples. Les arcs sur colonnes du « péristyle », l'arc échancré dans un fronton du « prothyron », le décor recherché de la Porta Aurea (on connaît d'autres portes de ce type à Constantinople, Resafa en Syrie, Jérusalem, etc.) ont été considérés comme des manifestations de cette architecture nouvelle dont l'historien d'art autrichien Strzygowski voyait l'origine en Orient. Même les demeures de l'aristocratie adoptent des formes différentes, avec la multiplication des salles à absides ou de plan centré, notamment pour les salles à manger (triclinia) parce que désormais on banquette en demi-cercle sur un stibadium en sigma (du nom de la lettre grecque qui a ce tracé à basse époque). À ces formes qu'on dit baroques s'ajoute un goût particulier pour les fontaines et nymphées, placées parfois dans la salle de réception elle-même. Le décor des murs et des sols (dans les salles les plus importantes) utilise beaucoup l'opus sectile, parfois orné de motifs figurés (basilique de Junius Bassus à Rome). Mais l'Antiquité tardive est également la grande période de la mosaïque polychrome dans ces villas et maisons, surtout au Moyen-Orient, en Afrique, en Espagne et en Aquitaine, mais aussi en Italie, avec les exemples fameux de Desenzano sur le lac de Garde et de Piazza Armerina en Sicile.

Plus originale parce que liée à un besoin nouveau (les temples antiques n'étaient pas destinés à recevoir la masse des fidèles) est la naissance de la basilique chrétienne, dite basilique latine. Après bien des spéculations sur son origine, on revient généralement à la thèse des architectes de la Renaissance qui la font dériver de la basilique civile, mais organisée différemment, avec une abside où siège en général le clergé, l'accès principal sur l'autre côté court, un autel qui est le point focal, à un emplacement qui varie suivant la tradition liturgique locale, et parfois un vaisseau transversal (transept) devant l'abside. Dans les villages de Syrie du Nord (Qirkbizé), on a eu l'occasion d'examiner l'insertion de l'église au milieu des maisons et de suivre son évolution. Ce qui frappe, c'est la variété des solutions adoptées au ive siècle dans les différentes provinces, contrairement à la théorie qui faisait de la basilique une création ex nihilo. Dans les régions alpines du nord-est de l'Italie, par exemple, l'abside n'apparaît pas dès le début et on installe le clergé sur une banquette dans la nef centrale. À côté du plan basilical avec couverture en charpente, généralement à trois nefs (cinq nefs ou plus pour de grands édifices), l'architecture chrétienne voit naître dès le ive siècle des édifices centrés (ce devait être aussi le cas de la cathédrale d'Antioche) dont les plus spectaculaires sont les édifices mémoriaux des Lieux saints et les tétraconques de Milan (San Lorenzo, ve siècle ?), de Canosa, des Balkans et du Moyen-Orient, des plans cruciformes (deux cas à Milan, Saint-Laurent d'Aoste, Santa Croce de Ravenne, Saints-Apôtres[...]

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Écrit par

  • : professeur à l'université de Paris-IV (archéologie de l'Antiquité tardive), directeur du Centre de recherche du C.N.R.S. Lenain-de-Tillemont (Antiquité tardive et christianisme ancien)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

300 à 400. Christianisme - crédits : Encyclopædia Universalis France

300 à 400. Christianisme

Porte Noire à Trèves, Allemagne - crédits :  Bridgeman Images

Porte Noire à Trèves, Allemagne

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Jeunes filles s'exerçant aux jeux, dites Jeunes Filles en bikini

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