SAKHAROV ANDREÏ DIMITRIEVITCH (1921-1989)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Mondialement connu pour ses prises de position courageuses sur la défense des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Andreï Dimitrievitch Sakharov a reçu le prix Nobel de la paix en 1975. Ses paroles ont eu d'autant plus d'impact qu'il fut l'un des grands physiciens soviétiques de sa génération, dont les travaux, aussi bien théoriques qu'appliqués, ont eu des répercussions considérables.

Andreï Sakharov

Photographie : Andreï Sakharov

Le physicien soviétique Andreï Sakharov (1921-1989), Prix Nobel de la paix en 1975. 

Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

Né à Moscou le 21 mai 1921, Andreï Sakharov est élevé dans une famille où la physique est déjà à l'honneur : son père, Dimitri I. Sakharov, enseignait cette discipline et était l'auteur de plusieurs manuels et ouvrages de vulgarisation. Après avoir terminé ses études secondaires en 1938, Sakharov est reçu au concours d'entrée de l'université Lomonossov de Moscou, où il obtient brillamment, en 1942, son diplôme de physique.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il travaille comme ingénieur au bureau de construction de l'usine d'armement d'Oulianovsk, sur la Volga, jusqu'en 1945. Il prépare sa thèse à l'institut de physique Lebedev de Moscou, sous la direction d'Igor E. Tamm, très connu pour ses travaux sur l'effet Tcherenkov qui lui vaudront le prix Nobel de physique en 1958.

Andrei Sakharov s'intéresse à des sujets très variés au cours de ses premières années de recherche, mais ces travaux ne donnent guère lieu à des publications, car l'équipe de Tamm est activement engagée dans le programme nucléaire soviétique.

Sakharov joue un rôle déterminant dans la mise au point de la première bombe thermonucléaire que l'U.R.S.S. fait exploser en août 1953. La réussite de ce programme lui vaut de nombreux honneurs : après avoir obtenu le prix Lénine en 1950, il devient, en 1953, à 1'âge de trente-deux ans, le benjamin de l'Académie des sciences de l'U.R.S.S.

Tandis que, de 1950 à 1966, il travaille sans interruption et dans le plus grand secret pour la défense soviétique, il n'en continue pas moins à apporter des contributions essentielles à l'étude d'un certain nombre de problèmes, depuis la physique des plasmas, qui est l'un des cadres possibles de la fusion thermonucléaire, jusqu'à celle des particules élémentaires, à la gravitation et à la cosmologie.

C'est en particulier dans la continuité de sa thèse qu'il réalise les premiers travaux théoriques en U.R.S.S. concernant la production d'énergie par fusion contrôlée à partir d'un plasma très chaud de deutérium et de tritium. Ces résultats, qui remontent au début des années 1950, n'ont été rendus publics qu'en 1958.

La fusion thermonucléaire est à l'origine de l'énergie mise en jeu dans les étoiles et deviendra, pour l'humanité, une source quasi inépuisable d'énergie lorsque les problèmes techniques de confinement, de chauffage et de stabilité du plasma, ainsi que ceux qui sont liés à la récupération de l'énergie et à la régénéra- tion du tritium, auront été résolus. En collaboration avec Tamm, dans un article de 1958 sur « La théorie du réacteur thermonucléaire à confinement magnétique », il décrit le principe des tokamaks, qui sont les machines les plus étudiées à l'heure actuelle. Dans le même article, il analyse avec précision les paramètres qui conditionnent le bilan énergétique d'un réacteur. À la suite de ces travaux, les équipes soviétiques ont joué un rôle essentiel dans la réalisation des premiers tokamaks.

Dans ses recherches théoriques sur l'énergie thermonucléaire, Andreï Sakharov ne s'est pas seulement borné à explorer la voie du confinement magnétique, il a été aussi un pionnier dans l'étude de la possibilité du confinement par laser (confinement inertiel) ou de la catalyse par les muons. Son travail a eu un impact sur l'effort mondial en matière de fusion contrôlée, qui se traduit aujourd'hui par la réalisation d'instruments comme le tokamak européen, J.E.T. (Joint European Torus), construit à Culham en Grande-Bretagne, et par des projets encore plus ambitieux.

Andreï Sakharov s'est aussi vivement intéressé à des sujets de physique très fondamentale, en particulier la physique des particules élémentaires, et à la cosmologie. Il fut ainsi le premier à proposer, en 1966, un mécanisme expliquant la prépondérance de la matière sur l'antimatière dans l'Univers : dans les modèles cosmologiques traditionnels, dans lesquels l'origine de l'Univers est due à une énorme explosion, le big bang, l'Univers devrait contenir autant de matière que d'antimatière ; or il n'y a aucune indication expérimentale de la présence d'antimatière en quantité importante. En anticipant sur des idées théoriques qui seront largement développées dix ans plus tard, dans le cadre des théories unifiées des interactions entre particules élémentaires, Sakharov fournit une fois de plus la preuve de sa géniale intuition des phénomènes physiques fondamentaux.

Son combat pour les droits de l'homme. En travaillant au développement des armes nucléaires et aux campagnes d'essais associées, Andreï Sakharov prend conscience du danger de ces activités et des problèmes d'ordre moral et écologique qu'elles soulèvent. Dès la fin des années 1950, il s'oppose aux dirigeants soviétiques à propos des essais nucléaires, et il participe activement, en 1963, à la préparation du traité de Moscou sur « l'interdiction des essais nucléaires dans l'atmosphère, dans l'espace et sous l'eau ». Le champ d'intervention d'Andreï Sakharov, au-delà du domaine scientifique, s'élargit et se radicalise : ses premières interventions en faveur des droits de l'homme datent des années 1966-1967, avec la publication, dans le New York Times, d'un article intitulé « Progrès, coexistence pacifique et liberté intellectuelle ». Le savant y expose déjà les idées qu'il réaffirme sept ans plus tard dans son discours d'acceptation du prix Nobel de la paix, « Paix, progrès et droits de l'homme », appelant fermement les responsables de l'Est et de l'Ouest à faire converger leurs efforts en faveur du désarmement et de la paix.

À partir de 1968, il consacre 1'essentiel de son temps et de ses forces à s'exprimer et à lutter au nom des opprimés et des prisonniers politiques. ll crée, en 1970, le Comité des droits de l'homme en U.R.S.S. Il prend à toute occasion, et de plus en plus ouvertement, parti contre les iniquités d'un régime qui, l'ayant dans le passé comblé d'honneurs, l'exile à Gorki de 1980 à 1986. Pendant ces années de déportation, Andreï Sakharov poursuit ses travaux de recherche. Au printemps de 1989, il est élu député du peuple.

Il est profondément convaincu, comme il l'a encore répété quelques semaines avant sa mort, que le progrès scientifique doit être utilisé « comme la force unificatrice pour créer et cimenter l'unité de l'humanité » et non pour être la source de nouvelles menaces (Congrès de la Société [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie, membre de l'Académie des sciences, ancien ministre

Classification

Autres références

«  SAKHAROV ANDREÏ DIMITRIEVITCH (1921-1989)  » est également traité dans :

BONNER ELENA GEORGIEVNA (1923-2011)

  • Écrit par 
  • Melinda C. SHEPHERD
  •  • 460 mots

Dissidente soviétique et militante des droits de l'homme, Elena Bonner était une figure respectée de la lutte pour le respect des droits humains en Union soviétique et en Russie. Cofondatrice, en 1976, du groupe Helsinki de Moscou, le plus ancien mouvement de défense des droits de l'homme de Russie, elle était l'épouse du physicien dissident Andreï Sakharov, Prix Nobel de la paix en 1975. Elena Ge […] Lire la suite

CHOSTAKOVITCH DMITRI (1906-1975)

  • Écrit par 
  • André LISCHKE
  •  • 2 822 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Après Staline »  : […] L'année 1953 voit la disparition simultanée de Prokofiev et de Staline, morts tous deux le 5 mars. Elle est également marquée par une des symphonies les plus importantes de Chostakovitch, la Symphonie  n o   10 op. 93 ; son violent second mouvement Allegro serait une évocation de Staline, tandis que dans le suivant, Allegretto , apparaît un motif de quatre notes –  ré, mi bémol, do, si  – corre […] Lire la suite

GUERRE FROIDE (notions de base)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 3 551 mots

Dans le chapitre « La science mobilisée »  : […] La Seconde Guerre mondiale avait favorisé des innovations majeures (radar, propulsion à réaction, antibiotiques et arme atomique) ; les deux Grands ne pouvaient manquer d’enrôler les scientifiques au service de leur cause. La rivalité est vive en matière nucléaire depuis que les Russes, en 1949, sont parvenus à maîtriser l’arme atomique. Dans ce domaine, des scientifiques qui sont à l’origine d’av […] Lire la suite

Pour citer l’article

Hubert CURIEN, « SAKHAROV ANDREÏ DIMITRIEVITCH - (1921-1989) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andrei-dimitrievitch-sakharov/