ACTION HUMANITAIRE INTERNATIONALE

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L'humanitaire, acteur de l'histoire

Si l'adjectif humanitaire n'apparaît pour la première fois dans la langue française que vers 1830 et figure dans le Littré de 1874 comme un néologisme, l'esprit d'humanité n'a pas attendu le xixe siècle pour se manifester sur la scène internationale : le mouvement de la Paix de Dieu, destiné à alléger les souffrances des populations enjeu des guerres féodales, l'œuvre des religieux de la Merci, des Trinitaires ou des Chevaliers de Malte en faveur des chrétiens captifs en terre d'islam, l'action d'un Bartholomé de Las Casas pour la défense des Indiens victimes de la Conquête préfigurent bien les aventures humanitaires de notre temps. Mais il faut attendre le milieu du xixe siècle pour qu'émerge un mouvement humanitaire moderne, autonome par rapport aux institutions politiques et religieuses et puisant dans ses propres principes sa raison d'être et les règles de son action.

La leçon de Solferino

C'est le spectacle de la désorganisation qui régnait à l'hôpital militaire de Scutari, où étaient accueillis les blessés de la guerre de Crimée, qui suscite la vocation de Florence Nightingale ; ce sera, quelques années plus tard, la vue du champ de bataille de Solferino qui donnera au Genevois Henri Dunant l'idée de la Croix-Rouge. Il s'agissait de tirer, sur le plan humain, les conséquences du changement de nature et de dimension des conflits : puissance accrue du feu, importance des effectifs mis en jeu par les armées de conscription, apparition de théories stratégiques impliquant l'anéantissement de l'adversaire.

L'intuition féconde des fondateurs de la Croix-Rouge, en 1863, est d'avoir compris que, dans un monde organisé et dominé par des États souverains, l'efficacité d'une action tendant à humaniser la guerre passait par la création d'une institution aux principes simples – indépendance, neutralité, respect des souverainetés nationales, universalité – et à l'architecture complexe, à l'image de la société internationale elle-même : un Comité international (C.I.C.R.) de droit privé suisse, des sociétés nationales (quelque 150 aujourd'hui, fortes de plus de 250 millions d'adhérents) indépendantes, fédérées dans une Ligue mais reconnues par les États respectifs, une Conférence internationale réunissant tous les quatre ans le C.I.C.R. et les représentants des sociétés nationales et des États. Cette structure souple et originale, qui s'efforce de concilier l'autonomie de l'action humanitaire et la souveraineté étatique, a permis à la Croix-Rouge d'accompagner, à travers les péripéties et les drames du siècle, l'évolution des formes de la guerre – effacement progressif de la frontière entre le civil et le militaire, développement des conflits idéologiques et des guerres internes –, tout en répondant aux besoins nouveaux en matière de protection et d'assistance.

Modèle souvent imité et parfois contesté, la Croix-Rouge internationale a exploré toutes les voies de l'action humanitaire, de l'aide aux personnes – blessés, prisonniers de guerre, détenus politiques, combattants des guerres civiles et de libération, victimes des conflits armés et des catastrophes naturelles – à l'élaboration patiente et progressive d'un véritable droit humanitaire, dit « de Genève » pour le distinguer du droit de la guerre défini par les seuls États lors des conférences de La Haye de 1899 et 1907. La première Convention sur les militaires blessés des armées en campagne fut signée, le 22 août 1864, par douze États. Les quatre Conventions de 1949, auxquelles 194 états étaient parties en 2006, on été complétées par les protocoles additionnels de 1977 et de 2005. Avec le personnage assurément plus médiatique de l'infirmière de la Croix-Rouge, popularisé par la littérature et le cinéma, le droit de Genève a fortement contribué à marquer de l'empreinte de l'humanitaire notre histoire contemporaine pleine de bruit et de fureur.

L'humanitaire dans la guerre froide

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, deux événements de nature très différente ouvrent une nouvelle phase dans l'histoire du mouvement humanitaire.

Le premier est l [...]

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'Ecole normale supérieure, agrégé d'histoire, inspecteur général honoraire de l'Education nationale

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Pour citer l’article

Pierre GARRIGUE, « ACTION HUMANITAIRE INTERNATIONALE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/action-humanitaire-internationale/