4. La vieille Russie du XVIIe siècle
• Le servage et l'évolution de la société
Après le temps des Troubles, les assemblées représentatives (Zemski Sobor, Douma des boyards) ont pu quelques temps jouer un rôle modérateur auprès du tsar. Mais les progrès de l'autorité centrale, facilités par l'action d'administrateurs fidèles et bien armés, recrutés parmi la nouvelle noblesse et bénéficiant de l'appui de l'Église, ont détourné la Russie du système de la « monarchie tempérée ». En 1649, un nouveau code (Uloženie) précise les pouvoirs du souverain, les devoirs des « hommes de service » envers l'État, les rapports entre elles des catégories sociales, soumises étroitement à la bureaucratie des prikazes. Aux liens féodaux entre princes et boyards s'est substituée l'obligation de servir au nom de l'intérêt d'État. Parallèlement, s'efface la distinction entre vočina et pomestje : la servitude paysanne est pour les propriétaires la contrepartie avantageuse de l'obéissance au tsar. Le délai de recherche des paysans fugitifs a été porté peu à peu à quinze ans. Le code de 1649 fixe définitivement le paysan à la terre, faisant du servage une institution : l'état servile était déclaré héréditaire, les biens des serfs devenaient propriétés des nobles, qui recevaient un droit de recherche illimité sur les fugitifs.
La pression démographique et le poids du servage accentuent alors cette lente migration de la paysannerie russe colonisant les terres de l'Est, sur la Volga moyenne, dans l'Oural (Ural'), en Sibérie occidentale. Malgré la sévérité de la réglementation qui permet la recherche du fugitif, celui-ci est en général perdu pour son propriétaire. S'installant dans des régions désertes où le fisc finit par les dénicher, ou dans les zones plus accessibles, en contact avec l'administration qui ferme les yeux sur leur origine, les colons grossissent la catégorie des paysans libres qui cultivent une partie de leurs terres au profit de l'État. L'aristocratie foncière s'est peu intéressée à ce […]
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