Les termes qui désignent les styles sont très souvent, dans leur acception primitive, des mots péjoratifs : gothique, maniérisme, baroque, pompier ont été ou sont encore employés avec une valeur polémique. Ils permettent de qualifier, ou plutôt de disqualifier, le goût réputé mauvais d'une époque révolue. L'historien se trouve ainsi hériter de notions vagues et d'un usage malaisé ; la polémique ne s'embarrasse guère en effet de nuances, sa loi veut au contraire qu'elle amalgame sous un seul qualificatif désobligeant ou injurieux toutes sortes de manifestations et de phénomènes pour mieux les rejeter en bloc.
« Rococo » a encore, du moins en français, une résonance nettement désagréable. Au xixe siècle, le mot était senti comme familier et un peu vulgaire. On le trouve ainsi dans les Promenades dans Rome, mais Stendhal l'emploie avec précaution : « Me permettra-t-on un mot bas ?... » Dans l'état actuel de la langue française, « rococo » est encore synonyme de vieillerie désuète et quelque peu ridicule. Le baroque et le maniérisme ont acquis le statut noble des grandes notions d'histoire de l'art ; « pompier » reste un vocable fortement outrageant ; « rococo » est entre les deux.
La situation n'est pas la même dans d'autres langues, et particulièrement en allemand. Mais ici surgit une nouvelle difficulté. Il est bien connu que l'art dit baroque a eu, dans les pays de l'Europe centrale, un développement extrêmement brillant au xviiie siècle, jusque vers 1770 ou 1780. Or cette période est désignée presque indifféremment par les Allemands sous le nom de Barockzeit ou Rokokozeit. Chez un historien tel que Wölfflin, le rococo n'apparaît que comme une nuance du baroque. Depuis les années 1950 au contraire, suivant la voie ouverte par Hans Sedlmayr, quelques savants tendent à concevoir le rococo comme une catégorie de style autonome. Le rococo serait aussi distinct du baroque, qui en gros le précède, que du néo-classicisme, qui le suit. Des travaux à tendance plus historique comme ceux de H. R. Hitchcock, ou plus p […]
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