Comment rendre nécessaire le désordre d'une vie ? Comment doter de sens ce qui est le fruit du hasard ? Ces questions marquent le dilemme de l'entreprise autobiographique, et singulièrement de celle conduite par Michel Leiris. En effet, là où l'œuvre d'art vise à l'accomplissement et à la justification suprême qu'énonce Proust dans Le Temps retrouvé, le sujet autobiographique se sait voué à l'inachèvement et à la déception : il n'en finit jamais de renouer les fils de sa propre vie. Toute l'œuvre de Michel Leiris témoigne du savoir paradoxal qui naît de ce défaut de maîtrise.
Né à Paris en 1901, Michel Leiris participe dès 1924 au mouvement surréaliste. L'importance donnée par celui-ci à une approche du réel capable de renouer avec le merveilleux par le biais de l'usage renouvelé des mots et du récit de rêve ne pouvait que séduire Leiris qui, son Journal (1992) en témoigne, se veut initialement poète. C'est la progressive mise en question de cette « volonté » qui le conduira à l'autobiographie. En 1926, Michel Leiris se marie avec Louise Godon, fille de l'épouse du marchand d'art Daniel Henry Kahnweiler. En […]
