Longtemps tenu pour un écrivain maudit, Georges Bataille reste encore relativement méconnu. Ses histoires noires et déchirantes, d'un érotisme sale, n'en sont pas seules responsables. « Je fais peur », disait-il pour expliquer cette difficulté à se faire reconnaître : « Je fais peur, non pour mes cris, mais je ne peux laisser personne en paix. » Ce ne sont pas non plus les contradictions d'une œuvre trop étendue qui effraient, ni ses points obscurs. C'est son ampleur, cette anxiété de dénuder la vie et la pensée jusqu'à l'extrême, jusqu'à ce que Bataille nomme étrangement « l'évanouissement du réel discursif ». Cette volonté de tout dire – et de dire l'impossible de tout dire, que révèle le non-savoir – se confond avec une existence peu préoccupée d'« autobiographie ». Entre autres paradoxes, elle ne cesse de prétendre à la constitution d'une histoire universelle, fondée, sans faire pour autant système, sur les pratiques et les savoirs les plus divers. Elle n'est que l'effet d'une transgression obligeant la littérature, forcément du côté du mal, à plaider coupabl […]

