2. Le défi empiriste
L'empirisme a ceci de commun avec la conception « cartésienne » de l'esprit qu'il conçoit les expériences comme des épisodes mentaux conscients (des « idées »), qui nous représentent le monde d'une certaine façon. Comme le cartésianisme, il est une tentative pour fonder la connaissance. Mais, sous ses formes classiques, il s'en distingue à la fois par ses moyens et par ses résultats. D'une part, en effet, alors que le rationalisme cartésien admet que la connaissance trouve sa source dans les idées innées que nous avons dans l'esprit, l'empirisme entend au contraire dériver l'ensemble de nos idées de l'expérience sensible, conformément à l'image lockéenne de la tabula rasa. Mais, d'autre part, il aboutit, dans cette tentative fondationnelle, à un résultat qui apparaît exactement inverse de celui qui était escompté. Berkeley ne fait en quelque sorte que tirer les conclusions de la distinction lockéenne entre qualités secondes et qualités premières, quand il soutient que l'inéliminabilité des expériences subjectives que les objets ont le pouvoir de causer en nous est aussi bien la preuve que nous ne pouvons pas poser, au-delà de ces expériences, la réalité substantielle que, selon Locke, ces expériences ont à charge de représenter.
Comme on l'a souvent dit, il ne restait plus à Hume, une fois abandonnées l'idée lockéenne du moi et l'idée berkeléyenne de Dieu, qu'à radicaliser ces conséquences, et à conclure que toute tentative, pour fonder la connaissance sur l'expérience sensible, doit conduire à une forme de scepticisme. Le scepticisme humien n'est cependant pas le scepticisme traditionnel. Il ne nie pas que nous puissions parvenir à des vérités, mais il soutient que ces vérités, dans la mesure où elles ne peuvent reposer que sur des principes tirés de l'expérience, n'ont aucun fondement ultime rationnel. Elles ne sont « fondées » que dans la « nature humaine ». Car l'expérience n'est pas, selon Hume, un pur chaos d'impressions sensibles. Elle repose […]
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