Si l'on peut se demander quelle est la première civilisation qui a inventé et employé l'écriture comme moyen d'échange, en revanche on peut affirmer que c'est dans la vallée du Nil que fut créée la plus ancienne littérature écrite attestée à ce jour. L'Égypte est par excellence la terre des scribes.
La civilisation égyptienne étant prise dans un système d'intégration cosmique qui, sur terre, culmine en Pharaon, roi-dieu, la littérature n'y est pas seulement style d'expression au niveau des hommes, mais aussi mode de relation avec les divinités et avec l'au-delà.
« Religieuse », « funéraire », ces épithètes discriminantes trahissent en fait nos propres points de vue, très éloignés de ceux des Égyptiens anciens. Il n'y a pas de place pour une littérature gratuite, pas plus qu'il n'y a d'« art pour l'art », dans une civilisation où les diverses formes d'existence sont liées par des réseaux de symboles et où le mot, parole et écrit, est un instrument d'efficience suprême dans l'énorme machinerie du monde.
Ainsi ce n'est sans doute pas un hasard si l'on ne possède rien sur la théorie littéraire. L'habituelle classification par genre peut apparaître arbitraire, même si elle demeure pour nous commode. De ces textes se dégage une valeur d'éternité en même temps qu'une volonté d'efficacité – nous dirions « magique ». Aussi les références à l'individuel – auteur, milieu, décor – sont-elles secondaires ; statues et reliefs témoignent de la permanence du défunt ou de la scène figurée, l'anecdote n'intervenant qu'occasionnellement. Pourtant, de même que les styles varient selon les époques, les classes sociales, les catégories de monuments, de même les textes sont loin d'être uniformes. Au cours de plus de trois millénaires, que de différences ! Si le divin et le grandiose dominent dans l'Ancien Empire (2700-2300 av. J.-C.), l'humain, voire le politique se manifestent au Moyen Empire (vers 2000 av. J.-C.), le pittoresque, le gracieux ou le caricatural caractérisant maintes œuvres du Nouvel Empire (1580-1085 […]
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