5. Les contes
Sous l'appellation commode de contes, on groupe généralement des œuvres très diverses : à côté d'épisodes romancés comme ceux qu'on vient de signaler, on range des histoires où dominent le merveilleux et la magie et des récits à tendances psychologiques, voire philosophiques. Ce ne sont nullement des divertissements pour enfants ou de simples jeux de lettrés. Ils ne sont jamais totalement exempts de préoccupations religieuses et mythologiques. Souvent on y décèle une évidente intention politique de propagande royale. Le plus proche de notre actuelle conception serait le Conte du naufragé, connu par un seul manuscrit conservé à Saint-Pétersbourg et d'origine inconnue. Écrit dans une langue choisie dont l'original semble dater du début du Moyen Empire, il met en scène un Égyptien qui, après avoir fait naufrage, parvient à gagner une île enchantée habitée par un serpent géant qui le reçoit aimablement et s'emploie à lui faire regagner son pays natal. Charmant le lecteur par ses descriptions de la vie des marins et de la navigation en mer Rouge, le Conte du naufragé a sa place auprès des péripéties de L'Odyssée et des aventures de Sindbād le Marin.
Mais, d'une façon générale, les contes égyptiens procèdent d'une intention politique, religieuse ou philosophique. Le genre didactique ne leur est pas tout à fait étranger. Ainsi, les Contes du Papyrus Westcar doivent légitimer la montée au trône des trois premiers rois de la Ve dynastie, présentés comme les fils du dieu-soleil. En proie à l'ennui, le roi Chéops, tout comme les despotes des contes arabes, demande à ses fils de le divertir en lui racontant des histoires ; lorsque vient le tour du prince Djedefhor, celui-ci cherche un certain Djedi, prestidigitateur et prophète qui annonce l'avènement des premiers souverains de la Ve dynastie. Cette pseudo-prédiction n'est qu'une justification a posteriori des faits.
Dans le Conte prophétique, le roi Snéfrou, souverain de la IVe dynastie, fait venir Néferti, un prêtre de la déesse […]
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