Charles Le Brun est un de ces artistes dont l'importance historique n'a jamais été contestée, mais dont les œuvres ont été négligées ou sévèrement critiquées au cours des siècles qui ont suivi leur mort. Il est de ces peintres qui sont plus considérés comme des symboles qu'admirés pour leur talent. Premier peintre de la Couronne pendant la période la plus prospère et la plus glorieuse du règne de Louis XIV, Le Brun, plus que tout autre, fut chargé d'exprimer par l'art les splendeurs de la cour du Roi-Soleil : c'est à son génie que l'on doit le Versailles (à l'exception de l'architecture à proprement parler) qui devait devenir le modèle des demeures princières de toute l'Europe. Le souci de glorifier le monarque absolu se retrouvait jusque dans les ameublements des palais, dont la plupart venaient de la manufacture des Gobelins dirigée par Le Brun ; ils y étaient exécutés suivant ses modèles et donnèrent lieu à de nombreuses imitations. Dans les discours qu'il fit à l'Académie et grâce à l'influence que sa qualité de chancelier lui permettait d'exercer sur ses collègues, il posa les principes de la théorie de l'art académique qui devait à son tour trouver des adeptes dans toutes les académies d'art à venir. Ce fut surtout le premier artiste français qui rencontra un large succès à l'étranger, et c'est de son époque que date le prestige dont l'art français a joui pendant près de deux siècles dans le reste du monde. Le Brun, l'organisateur, le fidèle serviteur de la monarchie absolue, le parfait administrateur d'un art dirigé, a inspiré le respect, sinon toujours l'admiration, cependant ce n'est que depuis peu que les historiens ont commencé à l'apprécier en tant qu'artiste.
1. Un peintre officiel
Né à Paris, fils d'un sculpteur de second ordre, Le Brun fit montre d'un talent précoce. Son premier maître fut François Perrier, mais, dès avant 1633 ou 1634, la protection du futur chancelier Séguier lui avait ménagé une entrée dans l'atelier de Simon Vouet, le peintre le plus en vogue […]
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