2. Un art narratif
Tout au long de son évolution, l'art de Le Brun témoigne d'une continuité remarquable. Même dans ses plus jeunes années, alors qu'il subissait l'influence de Vouet, il ne tomba jamais dans le lyrisme facile de son maître, mais fit preuve de vigueur. Chez lui le geste fut toujours soumis aux besoins de l'expression plutôt qu'à la recherche de la grâce, et la couleur demeura plus robuste que douce (Martyre de saint Jean, 1642, Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris). Les œuvres qui datent de Rome et de la période qui suivit sont des expériences pleines de réminiscences de l'école de Bologne, de Rubens ou de la « peinture claire » à la mode à Paris à la fin des années 1640. Mais on y perçoit toujours sa forte personnalité et son souci de la narration.
Ce fut Poussin qui utilisa le mot « lire » à propos de sa propre peinture, et ce fut pour ce don de peindre des histoires lisibles que Le Brun admira le vieux maître. La signification prit le pas sur toute autre considération, et la couleur et l'éclairage n'étaient plus qu'un simple moyen de guider le spectateur vers le sujet du tableau. L'étude de l'expression et des physionomies était de même systématisée de manière à traduire sans ambiguïté les émotions et les caractères précis des personnages. Ces principes sous-tendent toutes les œuvres de Le Brun, mais ils ne sont nulle part plus évidents que dans Les Reines de Perse.
Un art aussi essentiellement narratif peut paraître incompatible avec la fonction de décoration à laquelle il était si souvent destiné. Mais le connaisseur du xviie siècle voulait satisfaire son esprit autant que son œil et s'intéressait beaucoup à la signification, à la fois évidente et ésotérique, des peintures qui ornaient les murs et les plafonds de sa demeure. C'était le cas pour les clients privés, mais encore plus pour le roi dont le palais, avec ses appartements d'apparat, fut élevé à sa seule gloire. La décoration caractéristique de Le Brun qui combine la peinture et le stuc doré, à […]
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