5. Le Brun à Versailles
Le contrôle que Le Brun exerça sur les travaux exécutés à Versailles fut quelque peu différent. Cependant, c'est à son influence qu'il faut attribuer l'unité de style qui caractérisait, dans le palais, la décoration datant du xviie siècle. C'est lui qui a probablement choisi les artistes, et, de toute façon, le fait que ceux-ci (qui subissaient d'autre part des évolutions différentes) connaissaient les goûts de Le Brun aurait suffi à leur imposer une certaine conformité de style dans le respect de sa manière.
L'ampleur de l'entreprise fut telle que bon nombre d'artistes y prirent part : de Gabriel Blanchard à Claude II Vignon, de Jean-Baptiste Champaigne à Gilbert de Sève, la liste comprenait presque tous les artistes compétents de Paris, dont beaucoup, tels Blanchard et Champaigne, s'étaient ouvertement opposés à Le Brun à l'Académie. Il n'est pas évident qu'il ait directement dirigé leurs travaux ou leur ait imposé son contrôle. Certains, tel Claude II Audran, avaient collaboré avec lui aux Gobelins, ou ailleurs, et avaient, faute de personnalité, complètement adopté sa manière. René-Antoine Houasse, très proche de lui par la parenté et l'amitié, peignit le plafond du salon de Vénus, qui est le seul dont on puisse prouver que Le Brun créa au moins quelques-uns des dessins. Par contre, dans le salon de l'Abondance, qui est aussi son œuvre, on trouve peu de traces de l'influence de Le Brun, mais un illusionnisme qui est tout à fait étranger à son style. Même dans le grand appartement principal du roi, les peintres semblent avoir laissé libre cours à leur propre inspiration dans les limites du plan décoratif général qui ne variera pas. Cela est vrai, même des peintres qui avaient reçu leur formation dans l'atelier de Le Brun, tel Charles de La Fosse, dont le plafond du salon d'Apollon a une luminosité et une délicatesse de couleur qui ne doivent rien à l'enseignement de son maître.
La participation propre de Le Brun se limite à l'escalier des Ambassadeurs […]
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