3. Le Brun théoricien
Il n'y a pas de désaccord entre l'art de Le Brun et sa théorie. L'analyse qu'il fit des tableaux de Raphaël et de Poussin et l'interprétation qu'il en donna, tout comme ses conférences didactiques sur l'« expression générale et particulière » (1668) ou sur la physiognomonie, révèlent ce même souci du récit et des moyens de narration.
On s'est souvent moqué de la tentative qu'il fit pour fixer les règles de l'expression des passions. Mais, comme beaucoup de ses contemporains, il voyait dans l'art un processus rationnel et pensait que le rôle d'une académie, telle que l'envisageait Colbert, était de formuler des règles. Descartes avait exposé une théorie mécaniste des passions ; Le Brun, de son côté, tenta de montrer comment ces mêmes mouvements du sang et des esprits animaux qui caractérisaient l'émotion devaient aussi affecter les muscles du visage. La théorie – et les exemples qui l'illustrent – n'était pas fondée sur des principes arbitraires ou l'observation fallacieuse d'une nature imparfaite, mais sur des principes scientifiques qui devaient garantir son exactitude et rendre les expressions ainsi fixées immédiatement reconnaissables. Ce sont les mêmes principes qui inspiraient sa théorie de physiognomonie qui reposait sur la relation qui existe entre les traits du visage et la glande pinéale que Descartes avait identifiée comme le siège de l'âme.
Les académiciens analysaient les peintures et les sculptures des anciens pour en tirer des principes sûrs qui serviraient à la création de chefs-d'œuvre. Aucun n'y réussit mieux que Le Brun dont le discours sur les Israélites récoltant la manne (1667) de Poussin est un chef-d'œuvre du genre.
Dans les peintures de Le Brun, le coloris est banal, avec une prédominance des tons bruns, et trahit un manque de subtilité dans l'harmonie des couleurs. Dans sa théorie, il considère surtout la couleur comme un moyen d'expression ou bien lui attribue une valeur symbolique. Suivant en cela Poussin, qui pensait que c […]
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