2. La « Consolation de Philosophie »
Du fond de sa prison, avant sa mort tragique, Boèce écrit sa Consolation de Philosophie. Dans cette œuvre, où alternent prose et poésie, il fait appel à la tradition de la sagesse antique, stoïcienne et platonicienne, pour assurer la paix de son âme au sein du malheur qui l'accable. Le premier livre décrit la Philosophie apparaissant à Boèce qui, dans sa prison, se lamente sur sa disgrâce. La Philosophie explique à Boèce que son trouble provient du fait qu'il ne comprend pas la nature et la fin de l'homme. Dans le deuxième livre, la Philosophie montre à Boèce l'inconstance des choses humaines et de la Fortune, « puissance aveugle au double visage ». Le livre troisième définit le vrai bonheur : ce n'est ni la richesse, ni le pouvoir, ni la volupté, mais c'est Dieu même. C'est ce Bien souverain qui dirige le monde et lui impose son ordre. Dans le livre quatrième, la Philosophie répond à l'objection que l'on peut tirer de l'existence du mal dans le monde. Par-delà les apparences, il faut apercevoir l'ordre profond qui règne dans le monde, notamment la subordination du Destin à la Providence, la Providence étant la Raison divine qui ordonne toutes choses, tandis que le Destin est l'ordre même qui règle en détail le déroulement du plan divin dans le temps. On retrouve ici une doctrine traditionnelle de la Providence et du Destin qui s'était développée dans le moyen platonisme et dans le néo-platonisme. Le dernier livre enfin répond à un problème posé par la théorie de la Providence : comment concilier la liberté humaine avec la prescience divine ? La prescience divine ne supprime pas le libre arbitre, parce que Dieu ne voit pas les futurs contingents comme un être temporel les verrait. Le mode de connaissance, en effet, est relatif au sujet qui connaît : Dieu voit les futurs contingents selon son mode d'existence à lui, qui est l'éternité : il possède entièrement dans le présent l'infinité des moments du temps. La prescience ne transforme donc ni la nature ni les propriétés des choses. Dieu voit à la fois ce qui doit arriver nécessairement et ce qui doit arriver librement. Le même fait est donc nécessaire quand on le réfère à la science divine et absolument libre quand on le considère en sa nature propre. La nécessité du fait, par rapport à la science divine, n'est qu'une nécessité conditionnelle, analogue à celle selon laquelle il est nécessaire qu'un homme marche, du moment qu'on sait qu'il marche. La science divine voit donc les faits libres comme libres.
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