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ÉTERNITÉ

Une durée indéfinie, un temps qui ne commence ni ne finit, n'est pas l'éternité. Selon les formules de Boèce, qui ont fait école, l'éternité est un présent qui se maintient stable, un permanent, un pur « maintenant » ; pour qu'il y ait éternité, il ne suffit pas, assure Boèce, de parcourir successivement les parties d'une existence sans terme (ce que Platon et Aristote attribuent au monde), il faut embrasser une existence infinie tout entière également présente (ce qui est le privilège de la divinité). Ce genre de définition a l'inconvénient de laisser croire que l'on s'aventure à penser l'éternité par-delà le temps, comme si la conscience pouvait cesser d'être temporelle, même lorsqu'elle domine et juge le flux de la durée. C'est pourquoi de nombreux philosophes préfèrent n'envisager que la corrélation temps-éternité. Pour Louis Lavelle, par exemple, l'éternité est bien un éternel présent, un pur « maintenant », mais accessible par négation de ce qu'il y a de négatif dans le temps, sans que cette négation soit celle du temps lui-même. C'est à l'intérieur de la durée qu'on retrouve l'éternel présent, dont le temps n'est qu'une expression affaiblie, une expression qui ne va pas sans perte. La philosophie contemporaine est résolument temporaliste : c'est dans le devenir et dans l'histoire qu'elle engage toute dialectique ; elle n'a que faire d'une éternité qui, pour elle, est tout entière mythique. On notera pourtant que le structuralisme, en exaltant la synchronie (le système), en tenant pour subordonnée la diachronie (l'évolution), restaure implicitement, comme tous les logicismes, le primat d'une certaine éternité, au sens de vérité anhistorique. Aussi bien le couple conceptuel temps-éternité, que d'aucuns estiment démodé, marque-t-il la double polarité qui commande les oscillations de grandes doctrines.

Henry DUMÉRY

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