2. Le bien comme plaisir
Quittons à présent les philosophies de l'eudémonisme. Même sans défendre une forme d'identité entre la poursuite du bonheur et la visée morale, plusieurs philosophes de l'Antiquité ont souligné qu'il n'y a d'autre bien que le plaisir. De nombreux textes de l'Antiquité rappellent que le plaisir est une définition plausible du bien, et même si Platon et Aristote s'emploient à critiquer une telle conception, il y a tout lieu de penser qu'elle constituait un lieu commun de la réflexion antique sur le bien.
C'est chez les penseurs utilitaristes que cette conception devait recevoir sa formulation la plus rigoureuse. L'ambition de Jeremy Bentham, le premier et l'un des plus grands penseurs de l'utilitarisme, visait à déterminer un critère unique, externe et scientifique, en fonction duquel définir le bien ou la fin des actions humaines. Cette définition fut préparée par les travaux de Beccaria, Helvétius et Priestley. On trouve déjà chez Hume l'idée que tout calcul d'utilité suppose que l'on parvienne à une fin qui plaît par elle-même et qui est une source de satisfaction immédiate.
Le fameux calcul de la félicité que recommande Bentham, dans An Introduction to the Principles of Moral and Legislation (1823), pour déterminer les actions qui conduisent au plus grand bien est à plusieurs égards fort proche du calcul des plaisirs prôné dans le Protagoras de Platon. Mais pareil calcul n'est possible qu'à condition qu'on ne tienne pas compte des différences entre les personnes affectées par les conséquences de telle ou telle action. De plus, pour Bentham, les plaisirs ne sont passibles que d'une appréciation quantitative. C'est sur ce point que John Stuart Mill a innové. Il admet l'existence de plaisirs supérieurs (plaisirs dus à l'intellect, à l'imagination, aux sentiments moraux), plaisirs spécifiquement humains, d'ordre plus élevé que les plaisirs communs aux hommes et aux animaux. Que ces plaisirs soient supérieurs est prouvé par le fait que les hommes qui ont l' […]
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