5. Les biens objectifs et la bonne volonté kantienne
L'hypothèse d'une objectivité du bien humain correspond à l'intuition qu'il est possible de juger du bonheur selon des critères relativement stables, en adoptant un point de vue de troisième personne. Plusieurs philosophes ont souligné l'aspect propositionnel du bonheur. Cette conception est étroitement liée à l'idée qu'il existe des biens humains objectifs. Le bonheur ne consiste pas seulement dans le fait d'« être heureux », mais surtout d'« être heureux du fait de x, y, z... », la référence de l'expression (« x, y, z », autrement dit, ce que sont les choses dont on peut être heureux) étant essentielle à la définition de la réalité de ce bonheur. Le bonheur est réel s'il se rapporte à des biens ; ces biens doivent eux-mêmes renvoyer à des états de chose susceptibles d'être décrits par des propositions vérifiables. Voilà qui explique comment on peut éprouver un sentiment de satisfaction à l'égard d'un bien dont la réalisation n'entraîne pas nécessairement son propre bonheur personnel, mais le bonheur d'autrui, par exemple, celui d'un être aimé. De la même façon, lorsque nous souhaitons le bonheur de ceux qui nous sont chers, nous ne souhaitons pas seulement qu'ils éprouvent une satisfaction, mais surtout que celle-ci se rapporte à des états objectivement bons.
Dans cette conception, il ne suffit pas de dire que les personnes se sentent et se jugent heureuses pour qu'elles soient dites à proprement parler heureuses. Le sentiment que ces personnes éprouvent est une condition nécessaire pour les dire heureuses, mais non une condition suffisante, car ce sentiment peut être éprouvé à tort, ou dépendre d'une croyance fausse. Le fait qu'on puisse se dire heureux sans que cela soit justifié rend donc difficile de parler de bonheur sans pouvoir rapporter ce bonheur à un ou à des biens humains qui s'étendent à l'ensemble de la vie, réalisent des potentialités humaines et soient ouverts à une certaine appréciation publique. Il peut bie […]
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