2. La libre cité des marchands
Avec les guerres de Religion et la guerre de libération contre l'Espagne, Amsterdam, ville de refuge, accueille une foule d'artisans et de commerçants venus du Sud et qu'attirent les facilités consenties aux immigrés. Lorsque Anvers retombe sous la domination espagnole, beaucoup de marchands s'installent définitivement à Amsterdam et vont contribuer à sa richesse. De 1585 à 1595, le territoire double. En 1648, à la paix de Münster avec l'Espagne, la ville obtient la clôture de l'Escaut, ce qui entraîne la ruine commerciale d'Anvers, sa rivale. Amsterdam est alors à l'apogée de sa puissance. C'est à ce moment que la ville s'adresse à Jacob Van Campen pour la construction d'un nouvel hôtel de ville. Ce bâtiment, érigé sur 13 659 pilotis, bien qu'un peu lourd, est considéré comme la pièce maîtresse du style classique en Hollande. Marqué par l'influence de Palladio, il représente par sa monumentalité un fier témoignage de cette ville cosmopolite en pleine expansion.
Pour préserver sa liberté, Amsterdam se construit au milieu du xviie siècle de nouvelles fortifications, un ensemble de courtines et de remparts de huit kilomètres de longueur, sur lesquels se dressent vingt-six moulins. C'est à l'intérieur de ces fortifications que s'étend la ville. Si cette large ceinture de défense est l'œuvre de Daniel Stalpaert, le beau projet de l'ensemble des trois canaux courbes fut réalisé par Hendrick Jacobz Staets. Une carte de l'époque nous apprend que les canaux, Herengracht, Keizersgracht et Prinsengracht, furent commencés en même temps selon un plan d'urbanisme d'une grande ampleur. Ils furent reliés aux eaux extérieures par un canal transversal, le Bouwersgracht, et plus tard prolongés à l'autre extrémité jusqu'à l'Amstel. Ces grachten répondaient à une intention originale. Ils n'étaient pas constitués comme des douves autour de la ville, mais creusés (graven) de façon à rehausser les terrains à bâtir, pour permettre aux marchands d'habiter au bord de l'eau. Conçu en 1612, ce plan fut réalisé dans sa totalité vers 1700. Le seul point faible de ce projet grandiose est le quartier du Jordaan (jardin) où, pour favoriser les propriétaires fonciers, les rues et les canaux suivent la direction des fossés des prés d'antan, ce qui a pour résultat de couper de biais, et sans plan directeur, le Prinsengracht.
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