VIRTUS

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Littéralement, la « virtus » est la qualité propre du vir, c'est-à-dire du mâle. Aussi la première acception du mot fut-elle de désigner le courage physique dont doit faire preuve le soldat sur le champ de bataille. En ce sens, la notion de virtus entre en couple avec fortuna, la chance : courage et chance représentent les deux facteurs qui doivent concourir à la victoire. Ce sens premier n'a jamais disparu de l'usage de la langue latine et la virtus a toujours qualifié le bon combattant. C'est en ce sens que la notion fut divinisée et eut à Rome son temple aussi bien qu'Honneur et Victoire.

Sous l'influence de la pensée philosophique grecque, virtus connut une extension imprévue et désigna le courage moral nécessaire à l'homme pour accéder à la sagesse. Peut-être le passage d'un plan à l'autre fut-il facilité par une comparaison implicite de la vie politique à la vie militaire, modèle éminent de toute conduite pour un Romain : Cicéron oppose volontiers à la virtus guerrière la virtus civile, c'est-à-dire le courage dont l'orateur doit faire preuve pour soutenir et faire triompher son point de vue sans reculer devant les contradictions de ses adversaires. En tout cas, la diffusion de la pensée stoïcienne à Rome fut décisive pour l'évolution du mot : dans la mesure où le sage stoïcien doit vaincre ses passions pour consentir à la place qui lui est assignée dans l'ordre du monde, quelle qu'elle soit, il convenait de mettre en relief l'énergie que requiert un tel consentement ; ce fut la virtus. À partir de là, le mot finit par désigner de façon générale la rectitude morale par opposition au vitium, à tout ce qui gâte ou dévie la conduite morale de l'homme.

Cette évolution laissa subsister le vieux couple virtus-fortuna, mais en lui donnant un sens nouveau. Alors que primitivement les deux notions apparaissent comme complémentaires et également nécessaires au succès des armes, la pensée stoïcienne les a rendues antinomiques. Le sage ne peut faire fond sur la fortuna, puissance capricieuse et incontrôlée qui renverse de façon imprévisible les situations humaines apparemment les mieux assurées ; il doit se mettre en garde contre elle en acceptant avec la même indifférence les destinées les plus hautes ou les plus viles. La virtus représente le principe de cette acceptation. Ainsi, le mot qui dénotait primitivement une énergie active a fini par qualifier une attitude toute passive et par permettre, à un Sénèque par exemple, de dissimuler sous d'honorables prétextes sa déception d'avoir été écarté du pouvoir par Néron.

—  Jean-Paul BRISSON

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Pour citer l’article

Jean-Paul BRISSON, « VIRTUS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 août 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/virtus/