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ROME ET EMPIRE ROMAIN La religion romaine

On entend par «  religion romaine » un ensemble de croyances, de rites et d'institutions qui se forma à l'intérieur du Latium vers le milieu du viiie siècle avant J.-C. (date traditionnelle de la fondation de Rome) et persista dans le monde romain jusqu'à ce que la religion chrétienne vienne le supplanter. Cette religion apparaît, dès l'origine, comme l'un des organes essentiels de la cité ; jamais elle ne sera complètement dégagée du politique. Jusqu'à la fin, les « païens » pensèrent que la puissance matérielle de Rome reposait sur sa fidélité à la religion traditionnelle qui représenta toujours une grande force morale, même si elle n'a guère connu ni permis, comme les religions venues d'Orient, l'établissement de rapports directs entre le fidèle et son dieu.

Le terme de religio, qui désigne en latin la forme licite et légitime des rapports entre les hommes et les divinités, est en lui-même obscur. Certains y voient la notion d'accomplissement scrupuleux des opérations religieuses ; d'autres pensent qu'il s'agit surtout d'un sentiment de retenue, de la prise de conscience d'un « tabou ». Quoi qu'il en soit, une religio particulière – c'est-à-dire une pratique religieuse déterminée – apparaît toujours comme une discipline imposée à l'homme par les divinités. Le Romain vit « sous l'œil des dieux », mais, non sans paradoxe, il ne doit pas chercher à établir, par lui-même, des rapports directs avec ceux-ci. Il se rendrait alors coupable de superstitio, c'est-à-dire de « religiosité anarchique » : toute « voyance » est proscrite. Seuls les prêtres, émanation du corps social, sont qualifiés pour régler les pratiques. Un homme témoin d'un prodige (manifestation de la volonté divine) prend aussitôt conseil ; on consulte les précédents, et les autorités tirent la conclusion.

Les activités religieuses s'insèrent toujours dans le cadre d'une collectivité ; la nature de celle-ci définit celle du rite. Il existe des « religions » de la gens ( cultes gentilices, rendus à des divinités définies, par exemple Veiovis pour les Julii) et, à l'intérieur des fractions de la gens, une religion pour chaque familia (ensemble vivant dans une même maisonnée ; c'est le cas, notamment, pour la religion « domestique » – de la maison, domus – et la religion des morts) ; très tôt, il existe une religion de la curia, c'est-à-dire du groupe social élémentaire, la cellule de base de la cité, où sont encadrés tous les citoyens, même et surtout ceux qui ne sont pas intégrés dans des gentes ; ces curies passent pour avoir été créées par Romulus, c'est-à-dire qu'elles seraient contemporaines de la cité elle-même. Tout groupement (collegium) établi pour une fin quelconque (professionnelle, artistique, etc.) comporte une structure religieuse ; les dirigeants (magistri) du collège en sont les desservants ; les esclaves peuvent faire partie de ces collegia, et c'est là qu'ils trouvent leur personnalité religieuse, nulle dans le cadre de la cité, faible dans celui de la familia. Enfin, il existe une religion collective du « peuple romain » ; c'est celle qui apparaît pour nous le plus clairement ; elle forme ce que l'on appelle le plus souvent la religion romaine, bien qu'elle ne soit qu'un aspect de la vie religieuse intense d'un peuple qui se voulait d'une piété exemplaire.

Le système religieux à la fin de la République

Le système religieux romain n'a pas été établi dès l'origine ; il a évolué parallèlement à la constitution de Rome et à sa société. C'est pour la fin de la République (époque de Cicéron) que les connaissances sont les plus précises et les plus riches.

Les « religiones »

Dans la vie du Romain, les[...]

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Écrit par

  • : professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • CIVILISATION ROMAINE (notions de base)

    • Écrit par Universalis
    • 4 292 mots
    • 18 médias

    Le destin de Rome est celui d’une obscure bourgade de la péninsule italienne devenue, en l’espace de quatre siècles, une mégapole, capitale d’un immense empire s’étendant de l’Écosse à l’Arabie, des confins sahariens aux rives du Danube. Ce processus historique s’accompagna de la disparition de la ...

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